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La suppression de la carte scolaire n’a pas le "ticket" auprès des hauts fonctionnaires de l’Education nationale. Un article du Monde, daté du 17 juin, dévoile le contenu du rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale (IGEN) sur « Les nouvelles dispositions de la carte scolaire », préparé en 2007 par les inspecteurs généraux Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux. Ce qu'il en ressort doit inciter les membres de SOS Education à la vigilance.
Selon Le Monde, cette étude mettrait en garde le ministre contre les effets pervers de l’assouplissement : à savoir, la baisse de la « mixité sociale » et le « renforcement des logiques de concentration ethnique ». Elle a été réalisée entre les mois de juin et septembre 2007 et remise à Xavier Darcos en octobre de la même année. Portant sur 34 établissements, « pour la plupart à dominante urbaine », elle déplore une baisse de la mixité scolaire, accélérant « les processus sociaux déjà à l’œuvre depuis des années. »
« Dans la plupart des départements visités, la question de la survie de certains collèges est ouvertement posée », écrivent les rapporteurs. « C’est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l’épreuve : dans les établissements les plus convoités, il y a peu d’élèves de condition modeste ; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu. »
La création d’options ou de filières d’excellence dans les quartiers sensibles, ajoutent-ils, n’y change rien, pas plus que les labels ZEP ou "ambition réussite", car « jamais ces initiatives ne permettent de faire revenir les populations des classes moyennes qui ont déserté un établissement. »
« L’objectif d’amélioration de la diversité sociale n’a en général pas été l’objet d’une attention prioritaire », regrettent enfin nos inspecteurs généraux.
Un raisonnement erroné
• En premier lieu, « l’objectif d’amélioration de la mixité sociale » n’a pas lieu de faire « l’objet d’une attention prioritaire » de la part de l’Education nationale. Celle-ci n’a pas pour but de promouvoir le désenclavement des quartiers difficiles – problématique qui dépasse largement le cadre de l’école – mais de garantir à tous les enfants les meilleures conditions pour apprendre et la meilleure qualité d’enseignement.
• Par ailleurs, il faut une bonne dose d’inconscience, d’hypocrisie, ou une méconnaissance abyssale des réalités pour prétendre que la « mixité scolaire » est liée au maintien de la carte scolaire. En réalité, beaucoup de parents appartenant aux « classes moyennes » choisissent de retirer leurs enfants des établissements "difficiles", en les inscrivant dans une école ou un collège privé, quitte à consentir pour cela des sacrifices financiers. D’autres déménagent dans une autre ville ou un autre quartier, en fonction de la qualité des écoles.
La carte scolaire ne garantit donc nullement l’existence d’une quelconque forme de « mixité sociale ». Au contraire, sa rigidité interdit à des élèves méritants issus des quartiers à problèmes de quitter leurs ghettos.
Il est en outre permis de s’interroger sur le sérieux de l’étude que les deux inspecteurs généraux de l’Education nationale ont conduite entre les mois de juin et de septembre 2007, autrement dit essentiellement pendant les vacances précédant la mise en œuvre de la réforme de Xavier Darcos. Dans ces conditions, que valent leurs conclusions ? Disposaient-ils du recul nécessaire pour évaluer les effets de l’assouplissement de la carte scolaire ?
• Le directeur de cabinet du ministre, Philippe Court, estime qu’il ne s’agit « pas d’une étude spécifique sur les dérogations accordées par le nouveau gouvernement », puisqu’elle traite « pour les quatre cinquième, des dérogations accordées par l’ancien système, et pour un cinquième de celles accordées après la libéralisation intervenue en juin 2007. » C’est en effet assez limité !
• Par ailleurs, la sociologue de l’éducation Agnès Van Zanten, directrice de recherche à l’Observatoire sociologique du changement (CNRS-Sciences-Po), interrogée par l’Agence d’information spécialisée AEF, estime que « cela n’a aucun sens de tenir un discours global sur les effets de la suppression de la carte scolaire, car cette mesure est extrêmement dépendante des caractéristiques des territoires sur lesquelles elle s’applique. Elle peut être vecteur de ghetto ou de mixité selon le territoire. »
Quant aux possibilités induites par l’assouplissement de la carte, les familles populaires en profitent peu, remarque-t-elle encore, car « contrairement aux classes moyennes, les classes populaires prennent au sérieux l’idée de service public et que tous les établissements se valent. » Visiblement, elles sont mal informées...
Un engagement du président
L’avis de Mme Van Zanten est d’autant plus intéressant qu’elle s’apprête à publier un livre intitulé La carte scolaire, en collaboration avec un co-auteur nommé… Jean-Pierre Obin, autrement dit l’un des deux inspecteurs généraux auteurs du rapport de l’IGEN. Pour l’anecdote, il n’est pas superflu de consulter la biographie de ce dernier, mise en ligne sur son propre blog.
Professeur associé à l’IUFM de Lyon, ce fonctionnaire choisi pour évaluer les effets de l’assouplissement de la carte scolaire a soutenu, en 1992, une thèse de doctorat ès lettres et sciences humaines dirigée par Philippe Meirieu, le ponte du "pédagogisme", largement responsable de la crise que traverse notre système d’enseignement.
Antérieurement, Jean-Pierre Obin avait occupé les fonctions de conseiller technique au cabinet de Robert Chapuis, alors secrétaire d’Etat chargé de l’enseignement technique dans le gouvernement de Michel Rocard. Auparavant, Chapuis avait été vice-président du syndicat d’étudiants UNEF, très marqué à gauche, secrétaire national du Parti socialiste unifié (PSU), vice président socialiste du conseil général de l’Ardèche et député socialiste de l’Ardèche.
C'est donc à l'ancien chef de cabinet de cet homme politique venu de la gauche du PS, que Xavier Darcos a confié le soin d’évaluer le bien-fondé de sa réforme ! Il y a de quoi se demander si le ministre de l’Education n’est pas masochiste.
On ne s’étonnera pas, dès lors, que les deux rapporteurs s’affirment favorables au maintien d’un « droit d’affectation dans l’établissement le plus proche du domicile » familial, et souhaitent que le nouveau système mis en place (autrement dit les demandes de dérogation émanant des familles) ne soit pas régulé par les chefs d’établissement ou les parents, mais par l'Etat – ce qui aurait pour principal effet de vider la réforme de sa substance…
A en croire Le Monde, « Ces pistes trouveraient un écho plutôt favorable au ministère de l’éducation nationale ». Nous voilà prévenus. Mais les membres de SOS Education avertissent en retour Xavier Darcos qu’ils n’accepteront pas une réforme en trompe-l’œil et qu’ils attendent pour 2010 la complète suppression de la carte scolaire, conformément aux engagements pris par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle.
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