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Pétition : Dites stop à la politisation du débat sur la lecture !
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Un mouvement de contestation, mené par une poignée de pédagogues en place depuis 30 ans, est en train de s'organiser pour décrédibiliser les annonces de M. Gilles de Robien concernant l'abandon des méthodes de lecture à départ global. Ces personnes prétendent que les propos du ministre sont archaïques et qu'il fait un retour à un passé mythique.

Nous voulons collectivement leur répondre : elles affirment qu'il n'est plus besoin de prouver l'efficacité des nouvelles approches en matière d'apprentissage de la lecture ; elles prétendent qu'on ne sait rien de l'efficacité comparée des méthodes de lecture ; elles prétendent que les enfants qui apprennent à décoder les mots ne comprennent pas ce qu'ils lisent.

1- Nous disons que dans ce débat sur l'apprentissage de la lecture, il faut prendre en compte les avancées des neurosciences et tirer les conclusions des études internationales comparées qui ont déjà été menées.

Les résultats des travaux du prix Nobel R. Sperry (1981), universellement reconnus, démontrent que le cerveau sait différencier les signes graphiques (lettres) qui composent le langage écrit des autres types de graphismes (dessins, images) et qu'il ne leur applique pas le même mode de traitement. Les dessins sont traités par l'hémisphère droit de manière analogique et les signes graphiques sont traités par l'hémisphère gauche de manière analytique. Aborder l'apprentissage de la lecture en demandant à l'enfant d'assimiler le mot à une image que son cerveau pourrait photographier et reconnaître sans passer par l'analyse des éléments qui le composent, c'est faire preuve aujourd'hui d'une méconnaissance totale des mécanismes cérébraux mis en jeu dans les traitements du langage écrit.

Certes, il est inexact de dire que les méthodes à départ global " fabriquent des dyslexiques ". En revanche, elles révèlent et accentuent les problèmes de dyslexie des enfants qui n'ont pas le bagage neurobiologique leur permettant d'aborder la lecture sereinement. Demander à ces enfants de reconnaître des mots dans leur globalité revient à inhiber leur capacité à lire des mots inconnus, et leur interdit l'accès au savoir.

En plus des recherches neuroscientifiques, la revue du National Reading Panel a fait le point sur les études comparatives des méthodes de lecture en vigueur. Ces recherches ont clairement montré la plus grande efficacité des méthodes enseignant systématiquement l'apprentissage des lettres et de leur combinaison par rapport à celles ne l'enseignant pas de manière systématique.

2- Nous disons que continuer à affirmer que les méthodes actuellement utilisées sont les meilleures équivaut à de la non-assistance à enfants en danger.

A l'entrée en sixième, 1 enfant sur 4 n'est pas autonome en lecture, et connaît des problèmes de déchiffrage et de compréhension. Après cinq années d'école primaire, ces élèves n'ont pas acquis la maîtrise de la lecture, et encore moins celle de l'orthographe. Ils éprouvent non seulement des difficultés pour déchiffrer les mots d'un texte, mais, plus grave, cette impuissance à déchiffrer les empêche de comprendre les textes. Ces problèmes les paralysent dans l'acquisition des autres savoirs, les découragent et les poussent à l'ennui. Que pourront-ils faire au collège ? Comment pourront-ils se construire en individus libres, autonomes et créatifs ? Les méthodes alphabétiques que le ministre veut remettre à l'honneur, vont dans le sens d'une réforme nécessaire et indispensable de l'enseignement dans les écoles primaires. Ces méthodes enseignent à l'enfant, dès le départ, de façon progressive et systématique, les repères qui permettent de déchiffrer les graphèmes et les phonèmes, c'est-à-dire de décoder un message écrit et de lire véritablement. En enseignant directement le déchiffrage, on rend l'enfant autonome et on lui fait gagner du temps. On lui montre que la lecture n'est pas une opération de magie, mais une technique efficace, qu'il peut acquérir, et qui lui ouvre l'accès à la totalité du langage écrit et du savoir.

3- Nous disons que ce sont les programmes du primaire et le contenu des manuels scolaires qui doivent être revus.

Les lacunes des élèves qui arrivent en sixième sont inadmissibles : en plus des difficultés de lecture, c'est la pauvreté du vocabulaire, l'ignorance des règles de base d'orthographe, de grammaire et de syntaxe qui est très inquiétante. C'est pourquoi le ministre ne doit pas s'arrêter à la réforme des méthodes d'apprentissage de la lecture. Il doit revoir l'ensemble des programmes du primaire dans le même esprit. On ne peut pas construire une maison sur des sables mouvants, et l'école primaire doit retrouver sa fonction qui est notamment d'apprendre aux élèves à maîtriser la lecture et l'écriture.

4- Nous disons que la formation des maîtres du premier degré est insuffisante

L'amélioration du niveau des élèves doit passer par la formation de leurs enseignants et par la réintroduction dans les IUFM de véritables modules de formation dédiés à l'apprentissage de la lecture. Rappelons qu'actuellement, l'apprentissage de la lecture ne fait l'objet de presque aucun enseignement dans les IUFM.

5- Nous disons qu'actuellement, la liberté pédagogique de l'enseignant n'est pas respectée sur le terrain.

Les enseignants subissent une pression véritable au sein de l'Education nationale, leur imposant l'utilisation unique des méthodes à départ global. Nous en voulons pour preuve les nombreux témoignages des stagiaires qui n'obtiennent pas leur titularisation parce qu'ils refusent les diktats des IUFM, les témoignages d'enseignants dont la carrière est mise en jeu parce qu'ils persistent à utiliser les méthodes qu'ils ont éprouvées, ainsi que ceux de membres du corps enseignant dont les langues se délient une fois à la retraite car ils ne craignent plus les retombées hiérarchiques.

Il est bien entendu qu'on ne peut pas, au nom de la liberté pédagogique, laisser les enseignants faire n'importe quoi avec les enfants. Il est nécessaire que les enseignants, et ceux qui les conseillent et les inspectent, se sentent responsables des résultats atteints par les élèves. C'est pourquoi nous disons qu'il faut évaluer objectivement les résultats des élèves en fin de CP à l'aide de protocoles fiables et performants, et introduire une obligation de résultats au sein de l'Education nationale.


Faisons le vœu que 2006 soit l'année du changement et que les bonnes résolutions du ministre soient suivies d'actions concrètes !

Premiers signataires :


- Professeur Lucien Israël, Membre de l'académie des Sciences Morales et Politiques, et auteur de " Cerveau droit, cerveau gauche ", Plon, 1999.
- Docteur Guy Adli, médecin de réadaptation et de rééducation fonctionnelle, travaillant avec les enfants, notamment dans le domaine du neurocognitif.
- Geneviève Flahault, orthophoniste et auteur de " J'apprends à lire avec Sami et Julie ", Hachette Parascolaire, 2004
- Ariel Conte, président de Coridys (coordination des intervenants auprès des personnes souffrant de dysfonctionnements neuropsychologiques)
- Geneviève Dansette, présidente des APEDYS France (Association des Parents d'Enfants Dyslexiques) de1997 à 2003
- Evelyne Tschirhart, enseignante, auteur de " L'école à la dérive ", Editions de Paris,
- Eric Soubie, directeur d'école élémentaire
- Viviane Briantzeff, professeur de français honoraire à l'IUFM de Melun
- Diane Vassy, orthophoniste
- SOS Education : 64 000 parents, enseignants, orthophonistes, éducateurs
- Michel Barbas, éducateur spécialisé et éducateur scolaire
- Marie-Christine Ribière, orthophoniste
- Catherine Toste, orthophoniste
- Isabelle Mesnier-Caspar, orthophoniste
- Dominique Dufrene, agrégée de Lettres modernes
- Cécile Revéret, professeur de Lettres classiques
- Patrick Adamczak, éducateur et spécialiste en soutien scolaire
- Paola Van der Voorde, ancienne Institutrice et directrice d'école élémentaire groupe G 4
- Docteur Guy-Marc Sangline, chef de service des hôpitaux, pédo-psychiatre
- Jean Barbey, professeur d'université
- Brigitte Guégan, institutrice
- Françoise Jacq-Forestier, auteur de "Apprendre à lire Tôt, Vite, Bien", Testa Editions, 2004

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