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La chronique d'Isabelle Hannart

Lecture : Gilles de Robien cède intégralement aux oligarques de l'Education nationale

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Après avoir annoncé dans tous les médias la fin des méthodes globales et semi-globales en CP, le ministre de l’Education Gilles de Robien cède point par point à toutes les exigences des oligarques de l’Education nationale - pédagogistes, inspecteurs et dirigeants syndicaux - viscéralement opposés depuis l’origine à cette réforme.

Les membres de SOS Education alertent les parents et soutiennent plusieurs milliers de familles confrontées aux ravages des mauvaises méthodes de lecture, grâce à une grande campagne de presse. Mais en renonçant à la réforme de la lecture, Gilles de Robien prend la responsabilité de laisser nos écoles primaires continuer à produire des centaines de milliers d’illettrés. Récit d’une déroute.

Le ministre de l’Education nationale l’avait promis juré : à la rentrée 2006, tous les enfants entrant en CP allaient commencer par apprendre les lettres, puis les combiner entre elles, pour lire ensuite des mots. Le bon sens même, la méthode syllabique, souhaitée par 84 % des citoyens selon un sondage CSA du 20 janvier 2006.

Mais quinze jours à peine après la rentrée, les membres de SOS Education tiraient déjà la sonnette d’alarme. Ils faisaient publier dans la presse une enquête commandée à l’IFOP, indiquant que seuls 7 % des instituteurs de CP utilisent réellement la méthode syllabique. Les autres continuent à enseigner la lecture aux enfants en leur donnant dès le départ des mots entiers, qu’ils doivent analyser pour découvrir le son des lettres. De nombreux enfants, souvent parmi les plus défavorisés, sont piégés par cette méthode. Car en français, d’innombrables mots comme « oiseau », « chaton », ou « médecin » ne peuvent être lus qu’une fois qu’on connaît les sons produits par les combinaisons de lettres. Sans aide à la maison, peu familiarisés avec les livres, de nombreux enfants sont immédiatement dépassés par la complexité de la méthode semi-globale. Pendant un temps, ils apprennent par cœur les mots, essayent de deviner. Mais bien souvent, ils finissent par renoncer et développent une profonde aversion pour la lecture, qu’ils jugent trop dure pour eux.

Sans surprise, les méthodes de lecture actuellement en vigueur dans les écoles primaires produisent chaque année 15 % d’élèves illettrés, selon les derniers chiffres de l’Education nationale. Sans oublier que, parmi les élèves comptés comme sachant lire et écrire, beaucoup ont de profondes lacunes en grammaire et en orthographe.

Mis publiquement face à l’échec de sa réforme par les membres de SOS Education et par les médias, le ministre Gilles de Robien a tenté de réagir en menaçant d’un avertissement un inspecteur, et en annulant la participation à un séminaire sur la lecture d’un professeur d’IUFM, tous deux connus pour leur violente opposition à la réforme de la lecture. Des mesures insignifiantes, face au problème des 72 000 instituteurs qui continuent à utiliser la méthode semi-globale.

Manque de chance, ces deux individus appartenaient à de puissants syndicats. Ceux-ci ont donc immédiatement organisé des grèves administratives, le boycott des formations, le blocage des directives, pour faire reculer  le ministre de l’Education nationale. Gilles de Robien s’est retrouvé virtuellement démis de ses fonctions de ministre par les oligarques de l’Education nationale pendant deux mois. Bien qu’officiellement ministre de l’Education, plus aucun de ses ordres n’était transmis par la bureaucratie de l’Education nationale, et encore moins appliqués sur le terrain.

Comprenant que son administration ne se remettrait en route que quand il aurait cédé, Gilles de Robien a laissé clairement entendre le 30 octobre 2006 qu’il renonçait à toute mesure à l’encontre des fonctionnaires de l’Education nationale qui continuent à pratiquer et promouvoir les méthodes de lecture semi-globales.

Gilles de Robien fait donc comme tous ses prédécesseurs ministres de l’Education nationale : il renonce à sa réforme pour acheter la paix avec les oligarchies syndicales.

Moyennant quoi il pousse à l’exaspération des centaines de milliers de parents, qui ne comprennent pas que l’école puisse continuer à utiliser des méthodes dont les effets désastreux sont prouvés. Bien entendu, la plupart d’entre eux ne réalisent pas encore que Gilles de Robien fait exactement le contraire de tout ce qu’il avait promis sur la lecture. Mais les conséquences de ce renoncement pèseront extrêmement lourd dans les futures élections, quand tout le monde aura compris que Gilles de Robien a froidement abandonné à leur sort tous les enfants qui devaient être sauvés par sa réforme de la lecture, dans le seul but de se concilier, très provisoirement, les bonnes grâces des syndicats.


 
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