|
« A l’issue de ses travaux, le groupe de travail a acquis la conviction que le nombre des bacheliers était encore trop insuffisant en France. (…) Il faut donc à nouveau élargir l’accès au baccalauréat. »
Non, il ne s'agit pas d'une déclaration syndicale lancée dans la pagaille de l'après mai 68. Cette énormité figure dans le rapport de la commission des Affaires culturelles du Sénat qui vient de paraître. En juin 2008 !!!
Mais à quoi sert-il, dans ces conditions, que les personnalités les plus éminentes de nos Universités s'échinent à expliquer dans les moindres détails les conséquences calamiteuses de l'inscription en faculté de dizaines de milliers d'étudiants qui n'y ont pas leur place, faute d'avoir le niveau suffisant pour effectuer des études supérieures, comme l'a fait l'ancien Président de la Sorbonne, Jean-Robert Pitte, dans son livre Stop à l'Arnaque du Bac ?
A quoi sert-il que, parallèlement, les chefs d'entreprises s'émeuvent de la dramatique pénurie de main d’œuvre qualifiée, conséquence directe de notre système secondaire détruit par l'absurde impératif des « 80 % d'une classe d'âge au bac » ?
« Pendant que les jeunes bacheliers s'entassent dans les universités, remarquait encore Jean-Robert Pitte dans Ouest-France en septembre 2007, 16 000 places sont vacantes dans les BTS et IUT, avec des emplois à la clé. » Combien de temps continuera-t-on, pour satisfaire à une idéologie égalitariste, à former de futurs chômeurs dans nos facultés, tandis que les talents manquent ailleurs ?
Le problème qui se pose aujourd'hui n’est pas, comme le souhaiteraient les sénateurs, de conduire 80 % d’une classe d’âge au bac et 50 % à un diplôme de l’enseignement supérieur, mais de permettre à tous les jeunes Français de quitter l’enseignement secondaire avec un bagage suffisant pour pouvoir trouver leur place dans le monde du travail.
Cela suppose d’abord d’améliorer le niveau des études dès le primaire, afin que tous les enfants sachent lire, écrire et compter à la fin de ce cycle d’apprentissage. Ce n’est pas le cas, puisque selon l’OCDE, 40 % des jeunes Français ne maîtrisent pas, ou très mal, l’écrit. Pour amener 80 % d’une classe d’âge au bac, c’est un peu court !
Les sénateurs constatent d'ailleurs « la persistance d’un échec important dans le supérieur » qui, par définition, n'accueille que des bacheliers. N'est-ce pas déjà la preuve que notre baccalauréat n'est plus à la hauteur. Et que, loin d'en élargir encore l'accès, l'urgence est au contraire de rétablir un minimum de sélection ?
Aujourd’hui, constate Jacques Bourdu dans un livre co-édité par SOS Education et les éditions François-Xavier de Guibert (1), « il est plus facile d’obtenir son bac que le permis de conduire qui ne correspond qu’à 60 % d’admis. » En 1975, 24 % d’une classe d’âge seulement obtenait le baccalauréat, contre 65 % aujourd’hui. On ne sache pourtant pas qu’à l’époque, les 76 % de jeunes Français qui ne le possédaient pas soient restés sur le bord de la route.
« Le diplôme pour tous, c’est un passeport pour nulle part », rappelle encore Jacques Bourdu, citant l’ancien patron de la SNCF et académicien Louis Armand. C’est aussi la voie de la facilité et c’est malheureusement celle qui a été choisie depuis des années.
Le rapport des sénateurs, qui persiste à voir dans le baccalauréat un « rituel social et égalitaire », montre que nous n’en avons pas fini avec l'utopie destuctrice. Non seulement la sélection est encore attaquée, mais les sénateurs s’élèvent contre celle qui s’est mise en place « par défaut ». Ainsi, il faudrait encore selon eux détruire « la tendance à la hiérarchisation des filières qui caractérise notre système éducatif », c 'est-à-dire les derniers îlots d'exigence qui permettent de sauver des élèves.
La hiérarchisation des filières est d'ailleurs elle-même une conséquence de la politique égalitaire : la série littéraire, par exemple, qui subit un déclin « particulièrement net » selon les sénateurs, se porterait sans doute mieux si elle accueillait exclusivement les élèves bien notés dans les matières littéraires, au lieu de servir à recueillir tous ceux qui seraient incapables de suivre en série scientifique, fissent-ils cinquante fautes d’orthographe par page !
Pour y remédier, les rapporteurs, loin de prôner la sélection, privilégient au contraire « une logique de tronc commun accompagné d’options équilibrées »… en fusionnant les trois séries de la voie générale ! Pis encore : une autre proposition prévoit de supprimer les coefficients pour l’ensemble des épreuves ! Et pour faire bon poids, les sénateurs préconisent d’étendre ce principe aux filières technologiques et professionnelles. A lycée unique, tronc commun : on se situe toujours dans le refus de la distinction et de la hiérarchie, qui aboutissent à l’uniformité et au nivellement. Pourquoi rompre avec une politique qui rate ?
Précisément, les membres de SOS Education demandent au ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, d’abandonner cette politique destructrice, non pas en cherchant à augmenter le nombre des bacheliers, mais en relevant le niveau des connaissances acquises dans le primaire et le secondaire, ainsi que celui de l’examen, et en instaurant une sélection à l’entrée de l’université. L’objectif à atteindre ne doit plus être d'amener 80 % d’une classe d’âge au bac, mais de conduire 100 % des jeunes à l’emploi au terme de leur formation.
(1) L'Ecole et l'université, comment sortir de l'échec ?, Jacques Bourdu, SOS Education et François-Xavier de Guibert éditeurs, 172 pages, 18 €.
|
|