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La chronique d'Isabelle Hannart

Affaire de la gifle : le pourrissement de l'Education nationale de plus en plus visible

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Le tribunal correctionnel le 25 juin 2008 d’Avesnes-sur-Helpe a requis une amende de 800 euros à l’encontre de José Laboureur, 49 ans, professeur de technologie à Berlaimont (Nord), traduit en justice pour avoir giflé, le 28 janvier 2008, un élève de sixième, Alexandre, 11 ans.

Cette condamnation a provoqué beaucoup de colère et d'incompréhension, le professeur gifleur passant pour un martyr.

Les membres de SOS Education clament assez fort la nécessité de restaurer l’autorité et la discipline pour ne pas être suspects d’encourager le laxisme.

Mais la discipline est une chose, l’injustice en est une autre, et la démagogie, une troisième.

· Démagogie : dès l’origine de l’affaire, avant même d'en connaîre les détails, Xavier Darcos et François Fillon ont pris le parti de soutenir aveuglément le professeur et se sont engagés à ce qu’il ne soit pas sanctionné. Le Premier ministre alla jusqu’à regretter que l’élève giflé ne soit puni que de trois jours d’exclusion, châtiment qui lui paraissait insuffisant. Les ministres ont-il souhaité se concilier les bonnes grâces du corps enseignant et des syndicats, alors qu’ils s’apprêtaient à présenter leur réforme de l’enseignement secondaire ? L’occasion semblait belle de se concilier les professeurs, excédés à juste titre par l’insolence des élèves, qui, trop souvent, n’hésitent pas à les prendre à parti verbalement, voire physiquement. En l’occurrence, Xavier Darcos et François Fillon ont été mal inspirés.

· Injustice : SOS Education avait décidé, en janvier dernier, de ne pas soutenir José Laboureur, dont l’attitude paraît difficilement défendable. Berlaimont est un établissement qui n’est pas considéré comme difficile, et l’élève giflé ne posait pas de problème de discipline. Le professeur, en revanche, n'était pas au-dessus de tout soupçon :

- il avait commencé, sans raison apparente, par jeter par terre les affaires de son élève, autrement dit ses instruments de travail ;

- comme l’élève demandait une explication, il l'a plaqué violemment contre une porte, attitude qui constitue une pression physique abusive à l’encontre d’un enfant décrit comme chétif ;

- ce n'est qu'après avoir été ainsi maltraité que l'élève l'a insulté. La réaction du professeur de le gifler, puis de l’entraîner dans une autre salle pour le menacer a alors constitué un nouvel abus ;

- enfin, il a exigé des autres élèves de ne pas ébruiter l’incident. Est-il concevable qu’un enseignant recommande ainsi à ses élèves la pratique de l’omerta ? Comment, après cela, garderait-il la moindre autorité dans sa classe ?

La véritable autorité exclut le désordre et la tyrannie. Cette suite de fautes, les problèmes d’alcoolisme qu’il avoue connaître depuis quatre ans, de précédents incidents évoqués lors du procès par le procureur de la République – tout montre que M. Laboureur ne se contrôlait plus lors de cet incident. A-t-il encore sa place dans une classe ? Est-il raisonnable de continuer à lui confier des élèves ? Faut-il que toutes les plus hautes autorités de l'Etat prennent sa défense, contre l'élève ?L’Education nationale répond par l’affirmative, ce qui est inquiétant : combien de « M. Laboureur » maintient-elle dans les classes, avec le souci de ne pas faire de vagues et l’obligation de respecter quoi qu’il en coûte le statut protégé dont bénéficient les enseignants ?

Un deuxième motif d’inquiétude naît de l’attitude des parents d’Alexandre. L’affaire aurait dû se résoudre au sein de l’établissement et déboucher sur une sanction ou un blâme infligé à l’enseignant – sans préjuger de la sanction également méritée par l’élève. En l’occurrence, le père de famille, après avoir obtenu des excuses du professeur, a porté plainte pour « violence aggravée sur mineur », ce qui s’est traduit par l’interpellation de M. Laboureur à son domicile, son placement en garde à vue pendant 24 heures, la médiatisation de l’affaire et, pour finir, un procès que le professeur lui-même a voulu public.

Ces excès illustrent le divorce partout constaté entre les parents et les enseignants, fruit de la politique menée par l’Education nationale depuis des décennies. On n’a eu de cesse d’éloigner les parents de l’école en refusant de tenir compte de leur avis, en particulier sur les professeurs. On y est parvenu : nombre d’entre eux ne font plus confiance à l’institution, ni aux professeurs, et font cause commune avec leurs chérubins en refusant par principe qu’ils puissent être punis.

L’Ecole recueille ainsi les fruits de quarante ans de laxisme – pas seulement à l’égard des mauvais élèves, mais aussi des mauvais professeurs. La véritable autorité n’a pas disparu des établissements, car l’on continue d’y rencontrer des maîtres dignes de ce nom : nous connaissons, à SOS Education des enseignantes en poste dans des lycées de banlieues difficiles, qui n’ont jamais giflé personne et pendant le cours desquelles on entend pourtant les mouches voler. Mais il s’agit-là de cas individuels, et de personnes possédant une forte autorité naturelle, car l'art de maintenir la discipline n'est plus enseigné dans les IUFM.

L’autorité et le prestige liés à la fonction de professeur elle-même ne pourront pourtant être restaurés que si les élèves sont conscients de la compétence du maître et de la valeur de son enseignement. Comme l’écrivait naguère un instituteur auteur d’un manuel de discipline récemment réédité par SOS Education*, « une des premières conditions d’un enseignement efficace et de la maîtrise morale du professeur est la compétence éprouvée ».

C’est pourquoi les membres de SOS Education demandent au ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, de relever le niveau des concours donnant accès à la profession d’enseignant, et de réintroduire dans la formation des professeurs des cours de discipline. Mais, quelles que soient les mesures prises en amont, l'Education nationale ne pourra JAMAIS se permettre de confier sciemment des élèves à des professeurs qui ne sont moralement et psychologiquement plus aptes à enseigner.


* Olivier Leroy, Comment tenir sa classe, manuel de discipline à l’usage des jeunes professeurs, éditions François-Xavier de Guibert.


 
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