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La chronique d'Isabelle Hannart

La réforme du lycée s'annonce catastrophique

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Le ministère de l’Education prépare, avec le soutien du syndicat SGEN-CFDT, une réforme du lycée qui s’annonce catastrophique.

A lire les « Points de convergence sur les objectifs et les principes directeurs de la réforme du lycée », concoctés par le ministère de l’Education nationale, il apparaît que celui-ci s'obstine sur la mauvaise voie. Sans déroger au jargon caractéristique de la technocratie de l’Education nationale (à base de « savoirs structurants » ou de « différenciations pertinentes »), le document formule des objectifs, des principes et des propositions qui s’inscrivent en droite ligne dans la suite d’erreurs commises depuis quatre décennies.

Que faut-il penser de ces « points de convergence » ?

1 • Ils prétendent « assurer la réussite de tous les élèves au lycée » : on s’entête à vouloir conduire 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat, sans se demander s’il ne vaudrait pas mieux orienter les élèves qui n’ont pas la capacité de poursuivre des études longues vers des filières qui leur correspondraient mieux.

2 • Ils veulent ouvrir encore plus les études supérieures au plus grand nombre, et « diminuer par trois en cinq ans le taux d’échec dans le premier cycle de l’enseignement supérieur de façon à atteindre l’objectif de 50 % de diplômés ». Pour y parvenir, on abaissera encore, comme on l’a fait pour le bac, le niveau des examens, donc celui des études.

3 • Ils s'expriment sur l'orientation au lycée sans prendre en compte les étapes antérieures. Le projet de réforme affirme que l’échec de nombreux étudiants dans l’enseignement supérieur (20 % au cours des deux premières années) « prend racine au lycée ». Faux : cet échec s’enracine au primaire et s’aggrave encore au collège, de sorte que 30 % des élèves arrivent en seconde sans posséder les connaissances exigées au lycée.

4 • Ils récusent toute forme de sélection. Pour les rédacteurs du projet de réforme, la première mission de l’Ecole ne consiste pas à transmettre les savoirs, mais à préparer l’égalité sociale « par une offre éducative adaptée. » La sagesse conseillerait au contraire de rétablir la sélection pour éviter aux élèves qui n’ont pas les capacités de poursuivre des études longues de s’y fourvoyer et de perdre leur temps.
 
5 • Ils veulent démanteler les filières générales et technologiques. Le projet de réforme vise à faire éclater les filières pour supprimer tout ce qui pourrait apparaître comme une voie d’excellence – et de sélection.

6 • Ils relativisent l’importance du cours magistral et de la transmission des savoirs, et les remplacent par une multitude de gadgets, "soutien et remise à niveau, projets interdisciplinaires, aide personnalisée, contribution au suivi et à l’orientation, préparation méthodologique aux études supérieures ». Autant d’heures prélevées sur l’enseignement proprement dit.

7 • Ils organisent des soviets pour encadrer les enseignants. Le projet de réforme prévoit de développer le travail  « en équipes disciplinaires et interdisciplinaires » (ce qui créera nécessairement une confusion entre les disciplines), et aussi « dans le cadre du conseil pédagogique, dont les missions seront précisées et les modalités de désignation seront interrogées » (sic). Le Snalc, syndicat d'enseignants hostile au projet, y voit à juste titre une volonté de soumettre les professeurs « aux diktats d'équipes locales aux pouvoirs renforcés ».

Ce projet de réforme du lycée entre en contradiction flagrante avec l’esprit qui a présidé à celle des programmes du primaire. Il semble que l’on ait enfin pris conscience, à l’école primaire, des dégâts causés par les mauvaises méthodes, les programmes aberrants et le manque de rigueur dans l'enseignement. A l’inverse, au lycée, les utopies qui prévalent depuis des années au sein de l’Education nationale et qui ont fait tant de ravages, continuent de l’emporter.

Les membres de SOS Education ont massivement soutenu le ministre, par les dizaines de milliers de pétitions qu’ils lui ont adressées, quand il a engagé dans le bon sens la réforme de l’école primaire. Mais Xavier Darcos aurait tort de croire que leur soutien lui est définitivement et inconditionnellement acquis, et qu’il peut se prévaloir de ce qu’il a fait à l'école élémentaire pour abandonner le lycée aux dangereux idéologues du SGEN.

A vouloir plaire à tout le monde, on ne satisfait personne. Le ministre doit choisir, entre le bon sens et l’utopie ; entre les méthodes qui ont démontré leur efficacité et celles qui ont prouvé leur nocivité ; entre les membres de SOS Education et les syndicalistes du SGEN ; entre l’intérêt supérieur des enfants et les grandes manœuvres de militants qui veulent se servir de l'école pour détruire la société.


 
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