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La chronique d'Isabelle Hannart

Jack Lang ou l’école sabotée

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Par deux fois ministre de l’Education nationale, d’avril 1992 à mars 1993 et de mars 2000 à mai 2002, Jack Lang s’était montré dans ces fonctions très insuffisant. Il publie aujourd’hui un petit livre intitulé « L’Ecole abandonnée », dans lequel il critique, sans convaincre, la réforme des programmes du primaire.

Jack Lang adresse à Xavier Darcos trois reproches principaux, qui portent sur :
• la réduction du temps de l’école ;
• l’appauvrissement des programmes et des contenus ;
• l’asphyxie des moyens.

Examinons la pertinence de ses arguments sur ces différents points.

1- Sur la réduction du temps de l’école.

Le premier reproche émis par l’ancien ministre socialiste concerne la modification de l’organisation du temps scolaire et la suppression des classes du samedi matin, autrement dit la semaine de quatre jours. Sur ce point, sa critique est fondée : la baisse du nombre de jours enseignés et la réduction des horaires hebdomadaires, qui passent de 26 à 24 heures de cours, nuiront en effet aux apprentissages. Et lorsque Xavier Darcos propose, en compensation, deux heures de soutien scolaire aux enfants en difficulté, Jack Lang a encore raison d’objecter que « c’est une manière de nivellement par le bas », puisque l’on réduira, ce faisant, le nombre des compétences et des connaissances acquises en classe par l’ensemble des élèves.

Le reste du raisonnement de l’ancien ministre socialiste est beaucoup plus contestable. Etatisation contre privatisation, collectivité contre individu, égalitarisme érigé en dogme : toute sa réflexion reste guidée par les vieilles lunes idéologiques qui ont abouti à la ruine de notre éducation au terme de soixante ans d’erreurs. Cette option égalitariste a présidé à la dégradation rapide de notre système scolaire, depuis le plan des communistes Langevin-Wallon de 1947 jusqu’à la mise en pratique des thèses pédagogistes de Philippe Meirieu et de ses amis. Sacrifiant les enfants à la doctrine, Jack Lang s’entête dans la même logique, sans se préoccuper des résultats catastrophiques qu’elle a donnés : 15 % des élèves du primaire accusent à l’entrée au collège de graves lacunes en lecture, écriture et calcul.

Les inégalités liées aux capacités sont à peine plus acceptables, pour Jack Lang, que celles liées à l’origine sociale. Pour y remédier, le rythme des enseignements a été, en 1989, réorganisé en cycles. Ces cycles (grande section de maternelle - CE1 / CE2 - CM2) ont remplacé le traditionnel rythme annuel de l’acquisition des compétences et des connaissances. Dans ce type d’organisation, l’élève avance « à son rythme » et passe en classe supérieure même s’il  n’a pas encore assimilé toutes les compétences souhaitables : on considère qu’il les acquerra plus tard au cours du cycle. Cette utopie dangereuse accroît l’hétérogénéité des classes et rend par conséquent le travail des enseignants plus difficile. Elle est d’autant moins concevable que le même professeur ne suit pas les mêmes élèves sur l’ensemble du cycle : ainsi certains enfants parcourent-ils tout le cycle sans avoir assimilé les connaissances requises et abordent-ils la première année de collège avec des insuffisances dans une ou plusieurs matières.

Quand Jack Lang reproche à Xavier Darcos de vouloir abolir les cycles en fixant des « compétences à acquérir année par année » en français et en mathématiques, et en dressant « des barrières que les enfants devront franchir à la fin de chaque année », il faut donc au contraire en féliciter le ministre. 

2- Sur l’appauvrissement supposé des programmes et des contenus

L’un des reproches majeurs qu’adresse Jack Lang à Xavier Darcos porte sur l’abandon des programmes de 2002, qu’il avait lui-même lancés et qu'il pare de toutes les vertus.

L’ancien ministre critique au contraire l’« appauvrissement » des nouveaux programmes et des méthodes d’apprentissage, condamne « l’école des apprentissages mécaniques » et la réduction des enseignements « à de prétendus fondamentaux ». Il n’est pas surprenant de retrouver sous sa plume ces arguments, émis par les syndicats d’enseignants de gauche pour vitupérer les nouveaux programmes du primaire.

Jack Lang a beau affirmer que la maîtrise de la langue française est « la colonne vertébrale de la culture », les programmes de 2002 en ont cassé l’enseignement, en prétendant favoriser un apprentissage « transversal » de la langue à travers les autres matières : histoire et géographie, sciences expérimentales, langues étrangères, etc. On retrouve ici l’antienne « pédagogiste », qui veut que l’élève apprenne par la pratique avant même d’avoir assimilé les règles de base.

C’est ce qu’énonce Jack Lang, lorsqu’il écrit par exemple que « les fondamentaux relèvent tout autant de compétences ou de savoir-faire que de connaissances ou de savoirs », ou encore qu’ « il est aussi essentiel d’apprendre à résoudre un problème de façon autonome que de connaître par cœur toutes les tables de multiplication. » Le pédagogisme met la charrue avant les bœufs et s’étonne ensuite que le champ soit mal labouré !

Enfin, selon Jack Lang, les nouveaux programmes ne donneraient aux professeurs ni prescriptions, ni précisions « sur les méthodes et l’organisation des activités » et renonceraient à « déterminer un cadre commun à l’ensemble des professeurs et des élèves ». Il critique ainsi l’assouplissement du système éducatif, qui doit selon lui rester sous le contrôle total de l’appareil de l’Education nationale – lui-même « tenu » par les syndicats de gauche.

L’ancien ministre s’inquiète notamment de la disparition des « documents d’accompagnement ». Ces documents ne permettent pas seulement d’encadrer les élèves, mais aussi les professeurs, auxquels ils transmettent des consignes, indiquent les directions à suivre et le sens à donner à leurs enseignements. Il suffit de consulter leur contenu en histoire pour constater qu’ils visent à formater les consciences et les intelligences. La réforme pourrait donc signifier la fin de la mainmise idéologique sur l’enseignement.
   
3- Sur la prétendue asphyxie des moyens

Le troisième reproche fondamental qu’adresse Jack Lang à Xavier Darcos porte sur la « diminution brutale et drastique des moyens » de l’Education nationale. 11 200 adultes de moins dans les écoles, collèges et lycées en 2008, 13 500 l’an prochain… « Quelle implacable saignée ! », s’exclame-t-il. Pourtant, qu’en est-il exactement ?

• Entre 1996 et 2006, l’effectif des élèves scolarisé dans le premier degré est passé de 6 720 500 à 6 644 100, soit une diminution de 1,1 %.

• Entre 1996 et 2006, l’effectif des élèves dans le second degré est passé de 5 733 700 à 5 418 000, soit une diminution de 5,8 %.

• Entre 1995 et 2006, l’effectif total des enseignants, primaire et secondaire confondus, est passé de 942 080 à 993 744, soit une augmentation de 5,5 % .

Jack Lang s’élève pourtant contre les comptes de Xavier Darcos, qui a déclaré que la France a l’un des meilleurs taux d’encadrement au monde, avec un professeur pour onze élèves, en évoquant imprudemment le cas des enseignants qui n’enseignent pas. Ce faisant, il apporte imprudemment de l’eau au moulin de son adversaire. La Cour des comptes et le rapport présenté par Jean-Yves Chamard à l’Assemblée nationale en 2005 ont dénombré 32 000 (ETP) enseignants sans classe et sans activité pédagogique, dont 1 400 (ETP) décharges syndicales et de nombreuses autres décharges « obsolètes ou aux justifications mal contrôlées ».Avant d’en recruter de nouveaux, il faut remettre au travail les milliers de professeurs qui, sans raison valable, n’enseignent plus.

Comment parler d’« asphyxie des moyens », alors que, comme le constate encore le rapport Chamard, nos dépenses publiques d’éducation (4 % du PIB) sont supérieures aux moyennes enregistrées dans les pays de l’OCDE (3,6 %), en Allemagne (3 %), au Royaume-Uni (3,4 %), en Italie (3,7 %) ou au Japon (2,7 %) ? Les résultats, en revanche, se situent seulement dans la moyenne des pays de l’OCDE : la France dépense plus pour apprendre moins !

La lecture de la philippique de l’ancien ministre socialiste contre l’actuel ministre de l’Education nationale conduit donc SOS Education à soutenir la réforme des programmes du primaire engagée par Xavier Darcos – avec, toutefois, d’importantes réserves concernant la diminution du temps d’enseignement.


 
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