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Faut-il se réjouir de l’annonce, le 21 mai, par Xavier Darcos, de la création d’une « force mobile d’agents » appelés à intervenir « sur des missions de prévention et de contrôle de la violence » en milieu scolaire et de l’installation de portiques de détection de métaux aux portes des établissements scolaires ? On peut douter que ces mesures répondent efficacement à l’augmentation des violences scolaires. Si l’on souhaite vraiment dégager des solutions, on ne fera pas l’économie d’une réflexion de fond sur l’école et sa mission.
Le ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a appelé ce week-end son collègue de l’Education nationale à revoir sa copie. Elle ne croit pas à « une généralisation des portiques dans toutes les écoles », se refuse à « morceler les forces de police pour créer une brigade spéciale pour chaque problème » et juge « un peu compliquée » l’idée de former et d’assermenter des personnes pour constater des délits, confisquer des armes et opérer des fouilles, ou encore d’habiliter les chefs d’établissement et les inspecteurs d’académie comme officiers de police judiciaires, comme le propose encore Xavier Darcos. Ce dernier se voit infliger au passage une sévère leçon d’instruction civique : les qualifications d’officier de police judiciaire, rappelle « MAM », « ne sont pas des titres honorifiques mais des compétences juridiques attribuées par l’autorité judiciaire qui ne plaisante pas avec ses critères ». Pour le ministre de l’Education nationale, voilà qui ressemble fort à un zéro pointé.
La solidarité intergouvernementale en prend un coup. Xavier Darcos n’a-t-il donc pas songé à consulter son alter ego de l’Intérieur, avant de présenter son plan, en « rebondissant » sur l’agression commise par un élève contre un professeur à Fenouillet ? S’agissait-il, dans son esprit, d’un simple « effet d’annonces », destiné à montrer aux parents d’élèves et aux professeurs qu’il est conscient de la gravité de la situation et qu’il s’attaque sérieusement au problème ? En ce cas, c’est raté ; le sérieux du travail du ministère est au contraire mis en doute.
L’aggravation de la violence
Précédant la réaction de Michèle Alliot-Marie, la plupart des syndicats avaient déjà fait connaître leur opposition au plan du ministre, en dénonçant une « gesticulation sécuritaire ». «Ce sont des fausses réponses qui ne traitent aucun des vrais problèmes auxquels on peut être confronté dans les établissements», a déclaré le secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri. «Le vrai travail est éducatif, avec des personnels adéquats».
Il est exact que « le vrai travail est éducatif » et qu’à cet égard, le plan ministériel ne constituerait qu’un nouveau cautère sur la jambe de bois vermoulue de l’Education nationale. Mais pour les syndicalistes, ce « travail éducatif » consisterait à privilégier « le dialogue et l’accompagnement »… comme on l’a fait depuis des années sans pouvoir empêcher la situation d’empirer.
Le secrétaire général de la FSU dénonce « une atmosphère malsaine qui est en train de décrire l'école comme le lieu de tous les dangers, et les enfants comme des dangers potentiels. » Il est plus facile de se boucher les yeux, mais en 2002 déjà, un rapport du Sénat sur la délinquance des mineurs répondait à l’objection de Gérard Aschieri : « La délinquance existe au sein de l'école et la difficulté de celle-ci à assurer les missions qui lui sont confiées est souvent citée parmi les causes de la délinquance », constataient les sénateurs.
Les parlementaires soulignaient alors que la délinquance des mineurs a fait l’objet de « cinq modifications fondamentales », à savoir :
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la progression de la délinquance des mineurs (mesurée par l'identification des auteurs) en nombre mais également en taux ;
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le rajeunissement de l'âge d'entrée dans la délinquance ;
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l’aggravation des actes de délinquance ;
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le développement d'une délinquance d'exclusion, territorialisée et accompagnée de trafics ;
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l’explosion des incivilités
Depuis 2002, la multiplication des faits rapportés par la presse montre que le climat s’est encore détérioré à l’intérieur des établissements scolaires. A quoi tient cette augmentation des violences ?
Sortir de l’utopie
« Le prestige dont jouit l'école au sein de la société française est ancien », analysaient les sénateurs. « Cette situation est aujourd'hui remise en cause, non seulement par la dégradation des conditions d'enseignement et d'éducation, mais encore parce que l'école elle-même est devenue un lieu d'expression de la délinquance. Le développement des violences en milieu scolaire questionne évidemment le fonctionnement d'un système éducatif qui, pour le noyau qui n'y réussit pas, est un facteur de désintégration. »
Deux remarques s’imposent. D’une part, comme SOS Education n’a eu de cesse de le déplorer depuis sa création, l’école n’est plus conçue comme le lieu de transmission des savoirs. Idéologie dominante au sein de l’Education nationale, le pédagogisme a fait litière de ce principe, pour le remplacer par celui de « vivre ensemble » et d'égalité des chances. Entre autres conséquences catastrophiques, cette idéologie a sapé le prestige intellectuel du professeur, et par conséquent son autorité morale.
D’autre part, l’impossibilité pour certains élèves de réussir au sein du système scolaire, « facteur de désintégration » comme le soulignent les sénateurs, conduit à mettre en question le collège unique et les 80 % d’une classe d’âge au bac. « Paradoxalement, la massification de l'accès à l'enseignement secondaire a entraîné une concentration de l'échec », souligne le rapport sénatorial, qui constate encore : « La massification de l'accès au collège a en outre banalisé l'enseignement, diminué le prestige de ses cadres, et confronté ces derniers à la défiance d'une frange résiduelle de la population juvénile qui ne réussit pas en collège mais est condamnée à y demeurer jusqu'à l'âge de seize ans. »
Ce sont ces orientations qu’il faut remettre en cause si l’on veut remédier à l’aggravation de la violence scolaire. C’est à ce prix que l’on pourra faire prendre conscience aux élèves de l’intérêt des savoirs qui leur sont délivrés ; orienter ceux qui ne sont pas fait pour des études longues vers des formes d’apprentissage plus adaptées et plus concrètes ; et restaurer le prestige et l’autorité des professeurs, sans lesquels il n’est pas de discipline, comme le montre notamment le manuel de discipline « Comment tenir sa classe »*, édité par SOS Education et que l’association met gracieusement à la disposition des enseignants qui en font la demande.
L’installation de portiques de détection aux portes des établissements permettra peut-être d’éviter certaines agressions à main armée, certainement pas les agressions à main nue, les invectives, ni les incivilités, tant à l’égard des enseignants qu’entre élèves. Elle ne résoudra pas le problème de fond.
C’est la réponse que font aujourd’hui au ministre les 80 000 membres de SOS Education. : M. Darcos, la violence scolaire est une conséquence de l’utopie ; pour en guérir, il faut sortir de l’utopie !
* Comment tenir sa classe, Olivier Leroy, publié par SOS Education aux Editions F-X de Guibert, 80 pages, 9,50 euros, gratuit pour les enseignants.
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