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La première assemblée régionale de SOS Education, qui s’est déroulée à Lyon le 28 mai dernier, a été un succès. Ce fut l’occasion de revenir avec les membres de notre association sur la réflexion qui a guidé notre action, tant sur la réforme de l’école primaire initiée par l’ancien ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos, que sur le projet avorté de réforme du lycée. Alors qu’un nouveau ministre, M. Luc Chatel, s’installe rue de Grenelle, j’aimerais revenir sur ces deux points et faire un « état des lieux » des questions concernant notre système éducatif.
• Pourquoi SOS Éducation a soutenu la réforme du primaire
Grâce à la formidable mobilisation de ses membres, SOS Éducation a pu appuyer la réforme mise en œuvre par Xavier Darcos. De toutes les campagnes de pétitions que notre association a lancées depuis sa fondation, c’est celle qui a donné les meilleurs résultats. Nos membres ont envoyé à Xavier Darcos pas moins de 40 000 messages de soutien.
Il le fallait pour tenir en échec les puissants syndicats qui contrôlent les technostructures de l’Éducation nationale et qui voulaient faire échec à la réforme. Nous avons montré au ministre que, face à ces syndicats et aux tenants du pédagogisme, il pouvait s’appuyer sur une masse de Français prêts à le soutenir.
Cette réforme n’est pas parfaite. À certains égards, elle va moins loin que ce que souhaitait le prédécesseur de Xavier Darcos, Gilles de Robien, qui voulait en finir avec les méthodes globales et semi-globales d’apprentissage de la lecture. Xavier Darcos a manqué de détermination. Par ailleurs, il a voulu instaurer la « semaine » de quatre jours, contre laquelle SOS Éducation a lancé une autre campagne de pétitions. Sur ce point, notre association a obtenu gain de cause : finalement les écoles pourront garder un rythme hebdomadaire de quatre jours et demi.
Mais d’une manière générale, la réforme du primaire va dans le bon sens. Elle organise le retour aux bonnes méthodes d’enseignement et le recentrage sur les enseignements fondamentaux – lire écrire, compter –, renoue avec les cours de morale et de civisme, avec la restauration de la grammaire et l’analyse logique, avec le calcul mental et la règle de trois en arithmétique. Il fallait donc la soutenir.
• Pourquoi SOS Éducation s’est opposée à la réforme du lycée
Mais à quoi sert-il de sauver la base du système éducatif – à savoir l’enseignement primaire – si on brise le sommet – c’est-à-dire le lycée, antichambre des études supérieures ? Or, la réforme que Xavier Darcos projetait de mettre en œuvre au lycée était catastrophique, en contradiction complète avec ce qui avait été fait au primaire. Nous n’avons pas été les seuls à le souligner : l’ancien ministre socialiste Jack Lang et Philippe Meirieu, le gourou de l’idéologie pédagogiste qui ruine depuis trois décennies notre système éducatif, avaient eux aussi épinglé l’incohérence de la politique de Xavier Darcos, pour en tirer des conclusions inverses à celles de SOS Éducation.
Sous prétexte de remédier à l’échec à l'université, qui était supposé avoir ses racines au lycée, le projet prévoyait de briser les disciplines et les filières, parce que la sélection que l’on avait voulu supprimer s’y est réfugiée. Tout le monde sait qu’un élève à la fois matheux et littéraire choisira dans 99 % des cas la série S, scientifique. Même un élève brillant en français et moyen en mathématiques la préférera à la filière L, littéraire, parce que c’est celle qui lui ouvrira le plus de débouchés après le bac – y compris vers les formations littéraires.
Cette situation engendre en effet de nombreux effets pervers, soulignés dans un rapport intitulé Préconisations sur la réforme du lycée (sic), que Richard Descoings a remis début juin au président de la République. Le directeur de Sciences-po Paris y explique notamment comment les élèves issus de la filière S monopolisent les IUT et les BTS après le baccalauréat, contraignant les élèves des filières technologiques, dont c’est le débouché naturel, à s’inscrire à l’Université pour y suivre un type de cursus auquel ils n’ont pas été préparés.
Mais cette forme de sélection « sauvage » n’a pu s’instaurer que faute d’une sélection choisie, pensée et encadrée. Elle n’existe que parce qu’on a voulu tuer toute forme de sélection. Or la sélection répond à un besoin. Elle intervient d’ailleurs sitôt le bac en poche : les « prépas » aux grandes écoles n’acceptent que les meilleurs élèves, en fonction des bulletins scolaires et des mentions au baccalauréat. Quand on la chasse par la porte, elle revient par les fenêtres et les soupiraux. C’est ce qui s’est produit au lycée. Le projet de réforme de Xavier Darcos faisait donc fausse route en voulant briser les filières pour supprimer la sélection. Il faut au contraire lui assigner une place d’honneur, officielle et bien définie au sein de notre système éducatif.
Par ailleurs, le projet Darcos prévoyait de scinder en deux l’année scolaire, au profit de « modules » d’enseignement semestriels. On cassait donc à la fois les disciplines et le rythme scolaire annuel. Dans un tel contexte, on voit mal comment on aurait pu établir un suivi éducatif satisfaisant.
Il s’agissait, selon le ministre, de préparer les élèves au système universitaire. L’organisation « modulaire » envisagée pour le lycée ressemblait à celle des unités d’enseignement (autrefois appelées unités de valeur), propre à l’université. SOS Éducation a répondu au ministre qu’il ne paraissait pas utile d’introduire au lycée un système qui ne marche pas à l’université. Aujourd’hui Richard Descoings nous donne raison sur ce point : « rien ne démontre, écrit-il, que la semestrialisation soit un facteur de réussite à l’Université et par conséquent l’on peut s’interroger sur la pertinence qu’il y aurait à l’importer au lycée. » Nous n’avions pas dit autre chose.
Le projet Darcos a finalement été retiré, et c’est heureux. Nicolas Sarkozy a demandé à Richard Descoings de reprendre la réflexion sur la réforme du lycée, en organisant préalablement une concertation avec les principaux acteurs intéressés. SOS Éducation a donc demandé une audience à Richard Descoings et n’en a reçu aucune réponse. Il faut croire qu’aux yeux du sémillant directeur de Sciences Po, les 80 000 adhérents de notre association, parents et enseignants, ne comptent pas parmi les acteurs intéressés au bon fonctionnement de notre enseignement. Il a trouvé beaucoup plus pertinent de rencontrer les lycéens politisés de la FIDL et de l’UNL.
• M. Chatel, nous comptons sur vous
La « copie » finalement rendue à Nicolas Sarkozy par Richard Descoings, sous un titre, Préconisations sur la réforme du lycée, qui contient d’ailleurs une faute de français (on préconise « pour », pas « sur »…), contient d’intéressants éléments de diagnostic concernant l’état de notre système éducatif, et des « préconisations » d’une effarante vacuité : : « Un réseau des Anciens dans chaque lycée » ; « Des journées de découverte au lycée pour tous les collégiens » ; « Renouveler l’esprit ciné-club dans chaque lycée » ; etc. Le plus souvent, on en reste aux vœux pieux.
Côté diagnostic, Richard Descoings demande : « Y a-t-il "un" lycée ? » Mais il ne pose pas la vraie question, celle qui conditionne toute la réforme du secondaire : « Y a-t-il "un" collège unique » ? Poser cette question-là, c’est poser celle de la massification de l’enseignement.
À SOS Éducation, nous pensons que le mal dont souffrent le collège et le lycée s’enracine dans l’objectif de conduire au baccalauréat 80 % d’une classe d’âge. Or le bac n’est pas seulement un certificat de fin d’études secondaires, mais aussi le premier diplôme universitaire. Autrement dit, il donne accès à l’Université à des gens qui traînent des lacunes énormes et ne sont pas faits pour ce type d’études.
Si 50 % des étudiants qui s’inscrivent à l’Université échouent au cours des deux premières années, c’est parce que l’on refuse d’admettre qu’il y a des gens qui peuvent faire des études longues et qu’il y a aussi beaucoup de gens qui ont d’autres talents et ces autres talents pour l’instant ne sont pas exploités. Il est urgent de casser le collège unique, et de restaurer un enseignement professionnel d’excellence et arrêter de faire de générations entières des apprentis chômeurs passés par l’Université.
Voilà quelques-unes des problématiques qui vont se poser au successeur de Xavier Darcos, Luc Chatel.
Nous lui avons d’ores et déjà demandé audience, pour lui exposer les attentes des 80 000 membres de SOS Éducation. Ils sont prêts à se mobiliser massivement pour soutenir son action si elle va dans le bon sens, comme ils ont su le faire efficacement lorsque Xavier Darcos a mis en œuvre la réforme du primaire ; ils sauront aussi se mobiliser si la politique du nouveau ministre va dans le mauvais sens, comme ils l’ont fait avec la même détermination contre le projet de réforme du lycée.
A la différence de Xavier Darcos, Luc Chatel n’est pas issu du microcosme de l’Éducation nationale : nous considérons que c’est un atout. Un homme neuf pour une politique neuve : les 80 000 membres de SOS Éducation attendent beaucoup du nouveau ministre et le lui feront savoir.
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