LES METHODES GLOBALES, SEMI-GLOBALES OU MIXTES
Pourquoi sommes-nous résolument contre?
Les valeurs transmises dans les manuels de méthodes semi-globales
Analyse de trois manuels de méthode semi-globale très utilisés dans les classes
Pourquoi sommes-nous résolument contre ?
Ces méthodes, conçues à l’origine pour apprendre à lire aux enfants sourds, ne conviennent qu’aux enfants qui ont d’emblée un bon esprit analytique et qui auraient appris à lire avec n’importe quelle méthode. En revanche, elles mettent en péril l’apprentissage de la lecture chez les enfants qui ont davantage besoin d’être guidés dans leur analyse du mot et du son. On collera à ces enfants l’étiquette « dyslexique » de façon abusive, parce que ces enfants feront des fautes d’inversion liées à ces méthodes d’apprentissage. Par ailleurs, le gros défaut de ces méthodes est de sacrifier l’apprentissage de l’orthographe.
Le docteur Wettstein Badour, spécialiste des mécanismes de l’apprentissage, en explique le fonctionnement :
« Est global tout apprentissage qui aboutit à la compréhension en partant d’un ensemble (mots, groupes de mots, phrases). Les méthodes globales (ou mixtes), après un temps plus ou moins long d’approche globale, isolent des graphèmes dans les mots pour faciliter l’apprentissage du code qui les compose. Pour les défenseurs de ces pédagogies, les mots sont considérés comme des images. Ils sont « reconnus » par leur forme quand ils ont déjà été vus et l’enfant accède à leur sens « en faisant l’économie du décodage ». Or les travaux des chercheurs de ces vingt dernières années montrent que cette hypothèse est totalement erronée.
Nous savons désormais que le cerveau est dans l’incapacité d’assimiler les mots aux images. L’accès direct au sens n’existe pas plus chez le lecteur confirmé que chez le débutant. L’image est traitée par l’hémisphère droit de manière analogique alors que les mots, comme des idéogrammes, sont pris en charge par l’hémisphère gauche, qui opère par une succession d’analyses et de synthèses. Quelle que soit la méthode proposée, le cerveau doit impérativement connaître le code de correspondance entre les sons et les graphismes qui les représentent pour accéder au sens de l’écrit. On conçoit sans peine qu’il est plus simple d’assimiler le code quand on en fournit les éléments de base et les règles de combinaisons à l’élève que lorsqu’il lui faut les découvrir tout seul, avec tous les risques d’erreurs que cet exercice complexe génère. En effet, les enfants victimes de discrimination des sons, de reconnaissance ou d’orientation des formes commettront de nombreuses confusions qui les priveront de l’accès au sens du texte et du plaisir de lire. Ils entreront alors dans la spirale de l’échec avec son cortège de perturbations qui vont des dysorthographies aux anomalies de comportement. Affirmer que les méthodes mixtes présentent moins de danger que les méthodes globales, est une grossière erreur car, les graphèmes isolés étant mêlés à des graphèmes inconnus, les risques de confusions sont identiques à ceux des pédagogies globales pour les enfants qui présentent les anomalies citées précédemment. »
Les valeurs transmises dans les manuels de méthodes semi-globales
On dénonce souvent les méthodes semi-globales car elles ne donnent pas aux enfants les moyens de maîtriser de façon rationnelle et solide la lecture et l’orthographe. Mais en approfondissant l’analyse de manuels choisis au hasard, nous avons été frappés par l’immoralité des personnages et par la récurrence du thème de la sorcellerie.
Certes, les histoires de sorcières et de méchants ont toujours eu leur place dans les contes enfantins. Mais est-il besoin de les introduire en force à l’école, à des enfants qui ont déjà leurs angoisses et qui mériteraient d’être préparés à la vie dans une ambiance sereine et rassurante ? N’ont-ils pas assez de tous ces dessins animés truffés de monstres et de violence ? Pourquoi donc leur infliger encore ce monde irréel et cauchemardesque ? On a déjà Halloween et Harry Potter !
Comment s’étonner alors de la multiplication des actes d’incivilité à l’école quand on donne comme modèle à nos enfants des anti-héros gourmands, voleurs, poltrons, hypocrites et sales ? Que veulent les auteurs des méthodes où l’on initie les tout-petits aux formules magiques et aux « contre-valeurs » ?
Les plus favorisés, qui ont la chance d’avoir une famille vigilante et aimante, s’en sortent, mais comment font les autres pour échapper à cet univers où toute référence positive a été bannie ?
Rien d’étonnant à ce qu’ils arrivent au collège, incapables de fixer leur attention, instables et très immatures.
Qui sont donc les « concepteurs-destructeurs » de méthodes plus démagogiques que pédagogiques où il faut séduire les enfants en les faisant rire avec des blagues « pipi-caca » infantilisantes ?
Analyse de trois manuels de méthode semi-globale très utilisés dans les classes :
Frisapla la sorcière - Editions Sedrap, ( Toulouse ) Manuel coédité par le CNED
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C’est l’histoire de Frisapla, une sorcière qui vit avec son chat de gouttière Teigne et sa chauve-souris Gus. Deux enfants assez insignifiants vivent dans la même maison qu’elle, et apparaissent de temps à autre. On ne comprend pas pourquoi ils ne vivent pas avec leurs parents. Personne ne travaille, mais la sorcière joue de temps en temps au loto. On imagine que c’est comme ça qu’elle gagne sa vie. D'ailleurs, elle arrive à s'acheter une grosse Ferrari. |
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Le chat adore faire des bêtises et accuser la chauve-souris. Pour lui prouver son amitié, il s’amuse à la torturer. |
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Les formules magiques fleurissent : comme c’est facile d’obtenir satisfaction immédiate en prononçant quelques mots !
Autre bizarrerie incompréhensible : la page 113 est consacrée à des bébés chats, sorcières et chauve-souris qui ne veulent pas naître parce que leur vie ne leur plaira pas… seul le bébé humain est content de naître car il connaîtra les baisers, les sourires de son papa, la peau douce de sa maman et les rires de ses frères et sœurs. Autrement dit, lorsqu’on n’a pas la chance d’avoir tout cela, cela ne vaut pas la peine de vivre ? |
Ratus et ses amis - Hatier, 1994
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Nous avons survécu à Casimir, nos enfants survivront-ils à Ratus, l’affreux rat vert ? C’est le héros de cette méthode de lecture.
Casimir au moins était supposé gentil quoique ayant l’apparence d’un monstre, mais Ratus a l’air de vouloir mordre même quand il sourit. Il passe son temps à faire des bêtises. Pour ne citer que ses principaux défauts, il est voleur, méchant, tricheur, menteur, goinfre et très sale.
Le problème, c’est que Ratus est en même temps très drôle. On imagine bien toute une classe d’enfants rire à chacune de ses aventures. Une fois encore, on valorise les bêtises au lieu de mettre en avant les comportements |
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Abracadalire – Hatier, 1996
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Le titre en lui-même est déjà éloquent et donne l’impression qu’apprendre à lire relève de l’irrationnel !
Au cours de l’année, les enfants abordent trois histoires différentes dans le livret 1, puis deux autres histoires peu intéressantes dans le livret 2 (Charlotte et les carottes, et Alerte au Mâchefer). Est-ce pour mieux les initier au zapping ? Pour chacune des cinq histoires, il y a une page réservée aux produits (livres et CD) dérivés. |
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Histoire 1 : La petite fille en sucre
La petite fille est sage et mignonne mais elle n’est pas réelle… Etre gentil relève-t-il vraiment de la fiction ? |
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Histoire 2 : les bêtises de Boub
Boub est un petit garçon qui a l’air adorable mais qui multiplie les bêtises. Est-il ringard et dépassé de montrer des enfants sages ? Les bêtises sont pour Boub un moyen de se valoriser. Même la grand-mère les encourage. Mettre du sucre sur le canapé, quel bonheur ! Son stylo préféré ? Un stylo à encre qui fait des pâtés.
On ne prétend à aucun moment dire qu’il vaut mieux ne pas faire de bêtises. Au fond, tout le monde en fait, donc ce n’est pas si grave ! On n’essaie pas de faire grandir les enfants en sagesse, mais on les conforte dans leur immaturité. Une véritable mine de bêtises facilement réalisables. |
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Histoire 3 : La sorcière Pétassou
Encore une sorcière avec des recettes à base de tomates pourries et d’œil de crapaud…
Cette horrible femme est méchante, tricheuse et n’a aucun respect pour la parole donnée.
Bon courage aux parents dont les enfants voudront tester eux-mêmes les bêtises et les recettes répertoriées ! |

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