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Le 6 Mars 2006

Les éditeurs scolaires sous pression

 
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Alertés fin novembre 2005 du désastre de certains manuels scolaires et des graves inepties qu’ils contiennent parfois, les 64 000 membres de SOS Éducation ont montré combien ils étaient déterminés à défendre nos enfants. Ils ont noyé les éditeurs scolaires sous un flot de cartes postales, leur demandant de retirer de la vente les livres incriminés. Les résultats ne se sont pas fait attendre.

Des textes orduriers, racistes et déstructurants

Des réactions multiples et parfois menaçantes

Lobbying parlementaire

Des textes orduriers, racistes et déstructurants

On trouve de tout dans les livres de classe de nos enfants : textes orduriers voire racistes, exercices déstructurants, vulgaires ou dépourvus de toute qualité pédagogique… Fables de la Fontaine détournées pour faire l’apologie de l’oisiveté et de l’argent facile pour les petits du primaire, romans pornographiques pour les collégiens, textes absurdes et fortement politisés pour tous. Les témoignages sont venus de la France entière, du privé comme du public. SOS Éducation a donc décidé d’utiliser les grands moyens, sachant qu’elle pourrait compter sur la réactivité de ses 64 000 membres. Et en effet, cartes postales, lettres et coups de téléphone se sont mis à pleuvoir sur les maisons d’édition de livres de classe.

Des réactions multiples et parfois menaçantes

Le 16 décembre, la maison Bordas, inondée par des milliers de cartes postales, contacte SOS Éducation pour savoir précisément ce qui est reproché à son manuel le «  Nouvel Atelier de Français ». Le rapport d’analyse du manuel envoyé, Bordas ne répond aux accusations que par le silence. Du moins officiellement. En réalité, c’est le branle-bas de combat chez l’éditeur, comme on va le voir. Deux jours plus tard, le directeur des éditions scolaires de Nathan, Didier de Calan, accepte de rencontrer les délégués de SOS Éducation… avant de se rétracter. « Je refuse de recevoir vos critiques. Vous n’y connaissez rien. Moi, cela fait 20 ans que je travaille dans l’édition scolaire, et vous n’avez pas à me donner de leçon  », se défend-il au téléphone, alors qu’une responsable de SOS Éducation lui propose de réfléchir posément à la ligne éditoriale du manuel de français Textes et Compagnie 6ème.

La veille de Noël, c’est le directeur du lycée privé de Vernon, dans lequel on avait donné en Français à une classe de seconde un texte ordurier de Vincent Ravalec, qui appelle SOS Éducation : « Surtout, je vous en prie, ne faites pas trop de bruit autour de cette affaire…Cela pourrait nuire à la réputation de mon établissement. »

Puis c’est au tour du professeur de linguistique Alain Bentolila, directeur de collection chez Nathan, d’appeler SOS Éducation suite aux doutes que les membres de l’association ont émis sur sa méthode de lecture « Super Gafi ». A la fois inquiet et en colère, il veut croire à un malentendu. Malheureusement pour lui, le lendemain, le recteur de l’académie de Montpellier Christian Nique annonce son intention d’interdire « Super Gafi » aux instituteurs de son académie ! Nul doute que la méthode de lecture semi-globale du professeur Alain Bentolila rejoindra bientôt le musée des expériences ratées.

L’offensive contre les éditeurs prend une nouvelle dimension lorsque le 6 janvier 2006, le ministre de l’Éducation nationale les convoque dans son bureau pour leur demander de retirer du marché leurs méthodes à départ global et de publier de bonnes méthodes syllabiques.

C’en est trop. Les éditeurs s’effondrent : «  Nous ne voulons plus être les boucs émissaires des maux de l’école », se plaignent Bordas, Hatier, Nathan et leurs confrères dans un communiqué de presse pathétique à l’AFP, le 24 janvier 2006. Mais ils ne proposent rien de concret pour mieux surveiller la qualité des manuels qu’ils diffusent dans les salles de classe.

La presse s’empare de l’affaire et prend le parti des parents et des professeurs mobilisés contre les éditeurs scolaires. Le quotidien Ouest France explique le 2 février 2006 que « les éditeurs ont craqué sous la pression » des parents et des membres de SOS Éducation. Il reprend les principaux extraits de manuel cités par SOS Education, et ajoute des exemples de dérives relevées dans des textes distribués à des petits de CP du Finistère : « CP, ça signifie Crétins Punis (…) Les maîtres et les maîtresses sont d’anciens bandits sortis de prisons. Alors Léo mit dans ses poches un couteau en plastique, une fourchette et son revolver à eau. ».

SOS Éducation est invitée à intervenir à la radio sur le sujet et de nombreux articles de presse reprennent le message. Mais ce sont les membres de l’association qui font l’essentiel du travail, demandant par milliers des cartes postales supplémentaires à distribuer autour d’eux, photocopiant et distribuant dans leur entourage et à la presse locale la documentation de l’association sur les manuels scolaires.

Lobbying parlementaire

Les représentants de SOS Éducation multiplient les rencontres avec les députés pour les sensibiliser eux aussi au problème. La plupart se montrent réceptifs car, étant aussi élus locaux, ils connaissent bien les budgets colossaux consacrés chaque année par les mairies, les départements et les régions à l’achat des manuels scolaires.

Jean-Marc Roubaud, député-maire de Villeneuve-lès-Avignon, accepte de poser une question orale à ce sujet au ministre de l’Éducation le 21 mars 2006, devant tous les députés réunis dans l’hémicycle. A l’heure où nous écrivons, nous ne savons pas si le député a tenu parole, mais voici le texte de la question qu’il nous a promis de poser : « Monsieur le Ministre, comment comptez-vous répondre à l’inquiétude des parents qui se sont manifestés auprès de vous pour vous demander le retrait immédiat des cinq pires livres de classe ? Ne pensez-vous pas qu’il soit urgent d’engager une large réflexion sur la place, le rôle et les budgets consacrés aux manuels scolaires ? »

Le député-maire de Poissy, Jacques Masdeu-Arus, prétend prendre lui aussi le problème au sérieux. Il accepte, sur la proposition de SOS Éducation, de poser une question écrite au ministre de l’Éducation concernant les manuels de lecture : « Monsieur le ministre, devant l’attitude irresponsable des éditeurs, je souhaiterais connaître votre sentiment et surtout les actions que vous entendez mener pour contraindre les éditeurs à mettre sur le marché uniquement des ouvrages répondant aux prescriptions de la directive sur la lecture. »

Parallèlement à cela, les délégués de SOS Éducation ont demandé une audience au ministre de l’Éducation nationale pour lui remettre en main propre les lettres que les membres ont signées pour le retrait des cinq pires livres de classe. Les éditeurs scolaires n’ont pas fini d’entendre parler des membres de SOS Education.



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