|
Les résultats de l’enquête internationale PIRLS 2006 portant sur les aptitudes en lecture des enfants de 9/10 ans de 43 pays ne sont pas encore publics mais on sait déjà que la France figure parmi les 6 derniers des 27 pays européens ayant participé à l’enquête. Elle fait donc moins bien qu’en 2001, alors que les élèves du test de 2006 ont « bénéficié » de l’intégralité des nouveaux programmes Jospin de 2002 censés remettre l’école primaire sur les rails. Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, n’a pu qu’admettre le fiasco au Grand Jury RTL-Le Figaro- LCI du 28 octobre 207 : « Pour nous les résultats sont mauvais, a-t-il dit. Notre système va mal en ce qui concerne la maîtrise de la langue, il faut mettre le paquet là-dessus ». Mais M. Darcos regrette qu’« on nous compare toujours à la Finlande, un pays où il n’y a pas d’immigration ! » Que des difficultés viennent du fait que le français est comme une langue seconde pour un certain nombre d’enfants de notre pays, on ne peut le nier. Mais il existe pourtant des méthodes de lecture qui ont fait leurs preuves dans la « francophonie » et qu’on se refuse à utiliser en France. Toute la série Mamadou et Bineta d'André Davesne (1898-1978), par exemple, couvrant l’ensemble du cycle primaire, a formé plusieurs générations d’Africains et jouit toujours dans toute l’Afrique francophone d’un large crédit auprès des enseignants en raison de son efficacité. En 3 mois d'apprentissage par cette méthode dite « syllabaire », pour reprendre le sous-titre d’un des manuels, un enfant décode toutes les lettres et la quasi-totalité des syllabes ; en 6 mois, il sait déchiffrer n’importe quel texte ; à la fin de l’année scolaire, il lit couramment. André Davesne annonçait déjà dans une de ses premières éditions : « Dans une classe comptant 80 élèves âgés de 5 à 7 ans, tous nouvellement recrutés, c’est-à-dire ne connaissant pas une lettre ni un seul mot français, un jeune maître qui a suivi scrupuleusement les indications données dans le présent ouvrage est parvenu à faire lire presque couramment au bout de 6 mois 75 enfants. […]. Ces mêmes enfants pouvaient, à la fin de ces 6 mois, écrire sous la dictée des phrases entières. » Et une autorité comme Léopold Sédar Senghor confirmait : « Des instituteurs de village me l’ont prouvé, […] le fameux Mamadou et Bineta fait merveille en brousse ». On comprend donc qu’en attendant une série Mamadou et Bineta réactualisée, les Français d’origine africaine en quête d’une valeur sûre pour leurs enfants se tournent vers les Mamadou et Bineta d’antan, toujours aussi efficaces, toujours aussi bon marché (6 euros le manuel), constamment réédités par EDICEF (groupe Hachette), et disponibles sur des sites comme amazon.com ou fnac.fr, ou encore chez des libraires comme le Gibert Jeune du boulevard Saint-Denis à Paris. Passant outre le prisme européen colonisateur, ces parents savent s’attacher aux multiples avantages de cette méthode. Conçue pour des enfants ne connaissant rien au français, elle convient également aux enfants qui n’entendent pas le français à la maison. Progressive et sans douleur, elle permet l’accompagnement et le suivi de l’enfant par les parents eux-mêmes, quand bien même ils seraient mauvais lecteurs, ce qui ne peut que les valoriser. Enfin, avec des illustrations, des noms et des objets africains, elle permet aux parents originaires de ce continent de faire découvrir leur culture à leurs enfants. Il ne faut pas oublier à ce titre qu'André Davesne a travaillé sur la transcription de contes africains, et que son fameux recueil des Contes de la brousse et de la forêt est toujours disponible dans collection Afrique en poche Junior chez Hachette. On ne parle ici que de l’Afrique francophone, mais d’autres manuels de lecture pour le primaire, adaptés à d’autres peuples et contrées, comme Madagascar ou encore l’Indochine, ont été réalisés durant l’époque coloniale et sont disponibles dans le fonds en manuels scolaires et livres parascolaires du Musée national de l’Éducation. Aussi comprend-on que des parents se tournent vers des valeurs sûres, mais ne comprend-on pas que l’Éducation nationale ne fasse pas plus et autrement avec ce qui est à portée de main. Il serait bien plus efficace d’adapter à la France plurielle d’aujourd’hui ces méthodes syllabiques qui ont fait leurs preuves parmi ceux dont le français n’était pas la langue maternelle, que de s’acharner avec ces méthodes semi-globales qui n’apprennent même plus à lire aux Français de souche.
|

|