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Lorsqu’une idée a fait la preuve de sa nocivité, il est urgent de s’en emparer. Telle est la conclusion que Nicolas Sarkozy semble avoir tirée du « busing », une expérience catastrophique menée aux Etats-Unis pendant 25 ans et que les Américains ont fini par abandonner à la fin des années 90.
En annonçant, le 8 février dernier, la mise en place de ce système dans le cadre du plan « Espoir banlieue » de Fadela Amara, secrétaire d’Etat en charge de la Politique de la Ville, Nicolas Sarkozy le décrivait comme un « déplacement de classes de cours moyen dans les communes où est observée une absence de mixité sociale dans une ou plusieurs de leurs écoles. »
Décrypté, il s'agit de scolariser des écoliers des quartiers difficiles dans les écoles des centre-villes, afin de favoriser la « mixité sociale ». Le mot « busing » lui-même vient des bus affrétés par la puissance publique pour conduire les élèves de ces quartiers sensibles jusqu’à leur nouvelle école, souvent éloignée de leur domicile.
Le ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, vient, conjointement avec Fadela Amara, d’adresser une note aux inspecteurs d’Académie directeurs des services départementaux de l’Education nationale, aux recteurs d’Académie, ainsi qu’aux préfets de département et de région, pour mettre en oeuvre ce projet pavé de bonnes intentions, qui sera « expérimenté » pour trois ans, à partir de la rentrée prochaine, dans une cinquantaine d’écoles « relevant des territoires de la politique de la Ville ». La liste des sites ainsi sacrifiés sera publiée le 16 juin.
Si nous parlons de sites sacrifiés, c’est que le résultat désastreux de l’expérience ne fait aucun doute. On ne voit pas pour quelle raison, en effet, il diffèrerait de celui que la même politique a produit aux Etats-Unis, où elle fut introduite en 1973 sous prétexte de lutter contre la ségrégation raciale, comme le rappelait la dernière livraison de la Lettre de SOS-Education.
Outre-Atlantique, le busing a généré :
- des dépenses élevées, notamment pour affréter les navettes nécessaires entre les domiciles et les écoles : 200 millions de dollars en 10 ans à San Francisco, par exemple, et 30 millions par an à Boston ;
- la création de nouveaux quartiers sinistrés, consécutive au départ massif des familles ayant des enfants en âge d’être scolarisés et habitant les quartiers de centre-ville concernés par la mesure ;
- l’appauvrissement sensible des collectivités locales frappées par cet exode des familles aisées ;
- le mécontentement de l’ensemble des populations touchées par le busing, à commencer par celles habitant les zones sensibles, dont les enfants perdent un temps considérable dans les transports, doivent généralement interrompre leurs activités extra-scolaires et sont séparés de leurs frères et sœurs affectés dans d’autres écoles ;
- la dislocation des liens entre les enseignants et les parents d’élèves, en raison de l’éloignement géographique des écoles, ainsi que des liens entre les parents d'élèves, qui ne se connaissent plus entre eux, n'ayant plus l'occasion de se fréquenter à la sortie des classes.
Au lieu de reproduire une expérience américaine ratée, la Lettre de SOS-Education proposait de plutôt s’inspirer d’un modèle qui a fait ses preuves, celui des « No excuses schools », qui, au lieu de chercher des excuses « sociales » aux élèves d’origine modeste pour leur donner un enseignement au rabais, leur donnent le même enseignement rigoureux et exigeant que dans n'importe quelle école, afin de les pousser à donner le meilleur d’eux-mêmes et de leur donner une vraie chance de sortir de leur condition.
On sait qu’électoralement, l’exigence est, à court terme, moins rentable que le "gadget". Mais il n’est pas tolérable que des générations d’élèves continuent à être sacrifiées aux intérêts des politiciens.
Monsieur le ministre, vous ne redresserez le niveau des écoliers français, riches ou pauvres, qu'avec du bon sens, des méthodes d'enseignement efficace, et du courage !
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