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Une fois n’est pas coutume : SOS Education partage l’opinion de Philippe Meirieu, chef de file des « pédagogistes », sur le film Entre les murs, de Laurent Cantet, Palme d’or au festival de Cannes, qui sortira prochainement sur les écrans. Nos raisons diffèrent cependant des siennes.
Tiré d’un livre de François Bégaudeau, ce film, selon Meirieu, « montre exactement ce qu’il ne faut pas faire en matière de pédagogie ».
« L’enseignant, explique-t-il, déborde d’intentions généreuses, mais sa pratique pédagogique est dangereuse. Elle est exclusivement fondée sur l’affect. Il gère sa classe dans un face-à-face qui devient un corps à corps. Sa pratique manque de rigueur et d’attention à toutes les personnes. (…) On assiste à une pédagogie du vide, à savoir un cours magistral assaisonné de joutes verbales à peine maîtrisées. C’est à l’inverse de ce que je préconise, à savoir une pédagogie exigeante en termes de contenu. François Marin est sans cesse entraîné par les élèves sur leur propre terrain, au lieu de les tirer vers le haut, vers la culture et le savoir. On est au mieux dans le registre de l’animation socio-culturelle. »
A la critique du cours magistral près, on serait tenté d’applaudir à ces propos de bon sens. Philippe Meirieu reviendrait-il enfin sur les erreurs qu’il véhicule depuis des années en matière de pédagogie ? Ce serait trop beau, et lui-même nous détrompe. S’il critique le film de Cantet, c’est parce que celui-ci risque d’apporter de l’eau au moulin des adversaires du pédagogisme : « je redoute, dit-il, que ce film n’ouvre un boulevard aux anti-pédagogues. »
Cette crainte est d’autant plus surprenante que, lors de l’attribution de la Palme d’or à Entre les murs, le même Philippe Meirieu s’en était bruyamment réjoui. « Cette Palme d’or est une excellente chose, car elle replace l’éducation au cœur des enjeux de société, montre la réalité du terrain scolaire et permet de sortir des traditionnels débats idéologiques », expliquait-il alors sur le « blog » du journal Libération. Il est vrai qu’à cette époque, le pontife du pédagogisme n’avait pas encore vu le film. Peut-être la « réalité du terrain scolaire » qui s’y trouve dépeinte ne correspond-elle pas exactement à ce qu’il espérait ?
Ce revirement peinera sûrement Bégaudeau, qui se veut lui-même à l’avant-garde du « pédagogisme ». Dans une interview donnée en mars 2006 au Monde de l’Edition, il affirmait que l’actuel échec de l’école vient de ce que les nouvelles méthodes pédagogiques « n’ont jamais vraiment été appliquées », et que « les choses iront un peu mieux quand elles le seront vraiment ». Une assertion surprenante, alors que l’idéologie pédagogiste règne sans partage sur l’Education nationale depuis plus de trente ans !
Comment expliquer, alors, que Meirieu en vienne à disqualifier avec la plus grande sévérité l’œuvre de son brillant disciple ? Pourquoi espère-t-il que le film montrera aux futurs enseignants formés par les IUFM « ce qu’il ne faut pas faire », et souhaite-t-il éviter « de tels ratages pédagogiques » ? Et pourquoi regrette-t-il que la mairie de Paris invite 10 000 collégiens à une projection gratuite d’Entre les murs, au risque, dit-il, « que les parents affolés sortent leurs enfants de l’école publique pour les mettre dans le privé » et que « la décision de la mairie de Paris nous fasse retomber dans l’éternel débat entre une gauche soi-disant permissive et une droite soi-disant autoritaire » ? Bégaudeau, pédagogiste lui-même, trahirait-il le pédagogisme ?
Certes non ; mais l’innocent disciple n’a tout simplement pas compris la pensée du maître. On le lui pardonnera, car personne, même ou surtout après avoir lu ses oeuvres, n’a jamais véritablement compris ce que pense Philippe Meirieu - d'aucuns se demandent d'ailleurs si lui-même se comprend. C’est pourquoi, sans doute, ses recettes pédagogiques – ou présumées telles – ont produit, depuis trente ans, le résultat exactement inverse de celui recherché : à savoir, un consternant appauvrissement des enseignements, un écroulement effarant des connaissances et des savoirs.
Cependant, si, depuis trente ans, nul ne comprend rien à Meirieu, ni à ses méthodes, et si la conséquence de son influence néanmoins très réelle au sein de l’Education nationale se mesure à la décrépitude de l’Ecole, le temps n'est-il pas venu de le prier de prendre une retraite définitive ?
Quant au film de Laurent Cantet, nous nous en tiendrons au jugement porté par François Begaudeau lui-même lors de la soirée organisée après la remise de la palme d’or, et rapporté sur le blog du Monde, le 26 mai 2008 : personne n’a vu le film, disait-il, « et c’est pour ça qu’on a eu la Palme. Parce que le jour où les gens vont voir le film, ils vont quand même se rendre compte que c’est de la merde. »
Si c'est lui qui le dit…
http://www.liberation.fr/actualite/societe/328386.FR.php
http://yeswecannes.blog.lemonde.fr/2008/05/26/francois-begaudeau-entre-les-murs-le-jury-a-fait-du-bon-boulot/
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