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Les déclarations de Xavier Darcos concernant la surqualification des enseignants de maternelle ont déchaîné une polémique. Pour SOS Education, l’analyse du ministre est pourtant juste, bien qu'incomplète.
« Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits délégués par l’Etat, que nous fassions passer des concours bac + 5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ? Je me pose la question », s’est demandé le ministre de l’Education nationale devant la commission des Finances du Sénat.
Le Snuipp-FSU, syndicat d’instituteurs d'extrême-gauche, a tout de suite fait part de ses indignations : à l’entendre, Xavier Darcos mépriserait l’école maternelle et ses enseignants. Les syndicats ne se sont pas fait faute de relever la bourde ministérielle : les enfants ne sont théoriquement admis à la maternelle qu’à la condition qu’ils soient propres ; il n’y a donc pas lieu de changer leurs couches... Cette pirouette ne suffit pourtant pas à répondre à la vraie question soulevée par le ministre : est-il nécessaire d’embaucher des personnes ayant poursuivi leurs études cinq années après le baccalauréat pour s’occuper des maternelles ?
L’interrogation n’est, en soi, nullement offensante à l’égard des professeurs des écoles qui enseignent dans ces classes. Le seul fait que certains d'entre eux aient pu se croire insultés montre d’ailleurs qu’il existe bien un problème. Se seraient-ils émus s’ils ne s’étaient pas sentis humiliés par la remarque du ministre ? Et se seraient-ils sentis humiliés, s’ils n’éprouvaient pas le sentiment d'être déconsidérés, au regard de leur niveau d’études ?
Les qualités personnelles sont plus importantes que le niveau d’études
Il ne s’agit pas de dénigrer le travail des personnes qui ont en charge les maternelles. C’est un travail difficile, qui demande d’aimer les enfants, de savoir leur parler et les intéresser, d’être attentif et patient tout en sachant faire preuve d’autorité.
Ce que les instituteurs de maternelle (qui sont pour l’essentiel des institutrices) apprennent aux enfants – les premières notions de morale, de respect d’autrui, de partage, de discipline, de travail, d’espace et de mouvement, la toute première initiation au dessin et à l’écriture, etc. – est d’autant plus important que c’est sur ces acquis que tout le reste sera construit.
Mais la question du ministre n’en demeure pas moins pertinente : est-il nécessaire d’avoir fait cinq années d’études supérieures pour accomplir cette tâche, aussi importante soit-elle ? Evidemment non. A contrario, aucun diplôme ne peut garantir qu’une personne possède les qualités personnelles et les vertus appropriées à cette mission et à ces tâches.
Le problème des économies, sous l’angle duquel le ministre a abordé la question, n’est pas prioritaire : si l’emploi de « bac + 5 » s’avérait plus adapté à l’instruction des plus petits, l’importance de l’enjeu justifierait l’effort financier fourni par la nation. Mais tel n’est pas le cas et rien n’autorise les syndicats et les partis de gauche à balayer d’un revers de main l’argument économique. L’argent public, qui sort des poches privées, n’est pas inépuisable. Le ministère de l’Education dispose lui-même d’une enveloppe budgétaire définie par la loi de finances : les sommes gaspillées ici manqueront ailleurs, où elles auraient été plus utilement dépensées.
La surqualification par rapport aux emplois, conséquence de la dévaluation des diplômes
La réaction des syndicats s’explique autrement. Le Parti socialiste affecte de s’inquiéter de la « mise en cause du bien-fondé de l’accueil éducatif des jeunes enfants » par le ministre de l’Education nationale. Parmi les personnalités socialistes qui ont protesté les premières, figure en particulier Jack Lang, auteur d’un libelle récent dans lequel il préconise la scolarisation de l’ensemble des enfants dès deux ans. C’est en effet une constante de la gauche que de vouloir enlever le plus tôt possible les enfants aux familles, à la fois pour satisfaire à l’utopie égalitariste (en limitant autant que possible la transmission du savoir, et notamment du vocabulaire, par les parents) et pour formater les jeunes intelligences à l’âge où elles sont le plus malléables. A ce titre, l’école reste un enjeu idéologique de première importance.
La question de Xavier Darcos en introduit une autre, que les syndicats se sont bien gardés d’évoquer. Il n’y a pas que dans l’Education nationale, que les « bac + 5 » sont employés au-dessous de leurs capacités supposées. Cette surqualification des diplômés par rapport aux emplois qu’ils occupent, génératrice d’amertume, est la conséquence d’une massification de l’enseignement sans souci d'en maintenir la qualité, et de la dévaluation des diplômes liée à la baisse de niveau des études et des examens.
Voilà des années que SOS Education, aujourd’hui forte de 75 000 membres, dénonce ces orientations générales, avec lesquelles Xavier Darcos ne rompt malheureusement pas, comme le montre sa calamiteuse réforme du lycée. Concernant la situation du personnel enseignant en maternelle, l’association prend acte de la lucidité du ministre, mais regrette qu’il se contente de déplorer les effets d'une politique sans en dénoncer les causes.
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