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Les manuels scolaires sont souvent critiquables à maints égards – et les 80 000 membres de SOS Education se sont employés à le rappeler, au cours des dernières années, à la fois au ministère de l’Education nationale et aux maisons d’édition. A la suite des campagnes menées contre les pires livres de classe, certains de ces éditeurs ont d’ailleurs intenté contre notre association un procès en diffamation - qu'ils ont perdu.
Le rapport sur la « Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires », réalisé pour le compte de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) par un groupe de chercheurs de l’université de Metz, risque, s’il est suivi d’applications concrètes, de dégrader davantage encore le contenu desdits manuels.
Ses auteurs se sont appliqués à débusquer les « discriminations » au sein de livres de classe, dont des orientations idéologiques sexistes, xénophobes et « homophobes »... ou prétendues telles.
Pour extirper le "racisme" sous-jacent de notre enseignement, la Halde suggère qu'il ne faudrait plus faire lire aux enfants Candide de Voltaire, car, selon un élève interrogé : dans « Candide, les Noirs c’est des esclaves. »
Faudra-t-il, tant qu'on y est, supprimer aussi des programmes Montesquieu, qui donne des Perses une image par trop naïve, Molière, qui présente les Turcs comme des pirates dans une scène fameuse du Bourgeois gentilhomme, ou encore, plus contemporain, Saint-Exupéry, qui, dans Terre des Hommes, accuse les Maures de pratiquer l’esclavage ?
La cathédrale de Chartres "discrimine" l'Islam !
Si les livres de français sont épinglés, ceux d’histoire (« au cœur des relations intergroupe de domination » !) et de géographie se voient reprocher de présenter les minorités ethniques en situation de « dominées ». Ainsi, « dans les manuels de géographie, les chapitres sur l’Afrique et le Maghreb montrent trop souvent la pauvreté avec des photos d’enfants de rue, ou de paysans traditionnels, mais on ne parle pas assez du dynamisme de ces pays, de la modernité que l’on trouve. »
Faut-il donc apprendre à nos enfants que les populations du Sahel sont prospères, qu’en Algérie le peuple n'a à se plaindre de rien, et que les Maliens vivent dans un Eldorado ?
Les manuels d’histoire sont invités à faire preuve du même manque d’objectivité : les auteurs du rapport reprochent par exemple au livre d’histoire-géographie de terminale édité chez Nathan (2007, bac pro) de publier deux clichés pour illustrer les religions : l’un de la mosquée d’Omar à Jérusalem et l’autre de la cathédrale de Chartres, construite au XIIIème siècle sur les ruines d’une église romane. « Nous pensons que le choix d’illustrer l’islam à partir d’une mosquée située hors du territoire national contribue à renforcer, dans le contexte du document, le stéréotype selon lequel l’islam est une religion étrangère à la France », s’indignent-ils.
Le fait que la Grande Mosquée de Paris, la plus anciennement érigée sur le sol de la métropole, n’ait été inaugurée qu’en 1926, est évidemment de nature à conforter ce « stéréotype »… Faut-il alors supprimer des livres toute évocation des cathédrales, tant romanes que gothiques, faute de trouver sur le territoire national une mosquée datant du XIIIème siècle ?
Il est, en outre, fortement conseillé de gommer tout ce qui pourrait caractériser les cultures d’origine des minorités concernées : la « banalisation » est de rigueur. Ainsi le manuel de 5ème chez Hachette (2006) est-il coupable de proposer « deux exercices, l’un faisant référence à Ali Baba et les 40 voleurs qui ont un trésor à se partager, et un autre avec un Cheikh dans une oasis en plein désert avec ses chameaux où l’exotisme l’emporte sur la banalisation. Ce type d’exercice peut renforcer des attitudes ségrégationnistes (…) ». L’égalité parfaite suppose l’uniformité...
Un scandale aux yeux de la Halde : le modèle familial reste "hétéroparental"
Les manuels de mathématiques, de SVT (Science et vie de la terre) et de physique-chimie, sont surtout accusés, quant à eux, de ne pas mentionner suffisamment les « orientations sexuelles » minoritaires, autrement dit l’homosexualité et ses variantes. Il s’agit ici de « bannir l’hétérosexisme des manuels scolaires », cette nouvelle notion se traduisant essentiellement par l’absence de référence à l’homosexualité. « Concernant l’orientation sexuelle, nous avions choisi les mots-clefs suivants : "orientation sexuelle", "homosexualité/el(le)s", "lesbienne", "bisexuel" et "homophobie". Ces termes n'apparaissent nulle part dans les programmes », dénoncent les auteurs du rapport.
Au contraire, les représentations « hétérosexistes » abondent, et choquent la Halde : elle se plaint d'un manuel d’anglais de seconde, qui représente un jeune homme aspirant « au mariage avec une femme et à une famille hétéroparentale » ; d'un manuel de 6e, qui met en scène un petit garçon aimant une petite fille blonde ; d'un livre de terminale, où figure « un globe terrestre sur lequel des familles composées d’un père, d’une mère et de deux enfants circulent en caddies de supermarché ». Autant d’images scandaleusement discriminatoires, à en croire nos universitaires.
Pis encore : les relations homosexuelles ne sont pas évoquées non plus par les manuels de SVT « dans le cadre de la sexualité des animaux comme l’attestent les extraits issus de différents manuels : "le rat est attiré par la rate en chaleur" (SVT section Terminale S, édition Bordas) ; "les grillons mâles attirent leurs femelles par leur chant", "les mammifères femelles en période ovulatoire recherchent et acceptent les mâles" (SVT 4e éditions Nathan, 2007). Ces ouvrages font bien référence aux comportements sexuels des animaux, mais l’attirance pour le sexe opposé est l’unique conduite envisagée. »
Pour remédier à cette situation, les universitaires commandités par la Halde émettent plusieurs « préconisations » : « Commencer par en parler », « Renforcer la légitimité perçue de la lutte contre l’homophobie », « Questionner les normes » hétérosexistes – autrement dit, mettre en cause le bien-fondé de la conception traditionnelle du couple…
A cette fin, on pourrait « dans un premier temps, passer, par exemple, par des représentations de couples homosexuels ou de familles homoparentales, disséminées tout au long du manuel », pour « banaliser la présence des personnes homosexuelles ». Notons que l’on « banalise » par la même occasion la notion d’« homoparentalité », qui n’est, à ce jour, pas admise par la loi française. La Halde vient ici en renfort des associations homosexuelles les plus militantes.
Ronsard véhicule une image "très négative" des seniors...
Un autre chapitre du rapport concerne la représentation des « seniors » dans les manuels scolaires, abordée sans plus de nuance, ni de bon sens. Ainsi le célèbre poème de Ronsard « Mignonne allons voir si la rose… » véhiculerait « une image somme toute très négative des seniors. Il serait intéressant de pouvoir mesurer combien de textes proposés aux élèves présentent ce type de stéréotype, et chercher d’autres textes présentant une image plus positive des seniors pour contrebalancer ces stéréotypes. » Voici Ronsard mis à l'index après Voltaire…
Ce texte du plus haut ridicule ne mériterait qu’un énorme éclat de rire si ses destinataires, tant à la Halde qu’au ministère de l’Education nationale, restaient susceptibles de prendre un peu de recul à l’égard des préjugés idéologiques dont il est truffé. Il est malheureusement permis d'en douter.
Par conséquent, les 80 000 membres de SOS Education demandent instamment au ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, de mettre à la poubelle cette étude inepte. Si le ministre doit intervenir auprès des éditeurs scolaires , c’est pour qu’ils privilégient dans leurs manuels des méthodes de bons sens et des textes de qualité. Pas l’inverse.
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