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Après ceux des CM2, les acquis des élèves de CE1 ont été évalués au mois de mai 2009. Les résultats semblent satisfaire le ministère, qui se réjouit dans un communiqué de ce que « 75 % des élèves vont entrer en CE2 en sachant bien lire, en maîtrisant les nombres et les premières opérations, en étant capables de rédiger un texte de quelques lignes. »
A contrario, cela signifie que le quart des élèves français ne lit pas ou mal, n’écrit pas et ne maîtrise pas les opérations de base. Un sur quatre ! Y a-t-il vraiment matière à s’en féliciter ?
Encore ces évaluations ne portent-elles que sur 85 % des élèves de CE1. Comme cela avait été le cas concernant les CM2, les syndicats ont tenté de s’y opposer et un certain nombre d’enseignants les ont boycottés.
Le ministère tient à distinguer entre les mauvais élèves, dont « les acquis sont encore fragiles » (18 % en français, 15 % en mathématiques), et les très mauvais, dont les difficultés sont qualifiées de « plus lourdes », par euphémisme.
Il apparaît en effet que 9 % des élèves, soit près d’un sur dix, ne lisent pas à la veille d’entrer en CE2, tandis que 10 % – un sur dix ! – « ne maîtrisent qu’incomplètement la numération », comme l’écrit le ministère de l’Éducation nationale, ce qui, en bon français, signifie qu’ils ne savent pas compter.
Une perte d’un sur dix, c’est ce qu’on appelle en français une décimation. Dans les écoles françaises, la jeunesse est donc à proprement parler décimée, sans que les responsables de l’Éducation nationale semblent s’en émouvoir. Il paraît même que c’est une bonne nouvelle !
Qu’ils soient mauvais ou très mauvais, ces élèves devraient en toute logique redoubler le CP, puisqu’à l’issue de cette classe les enfants sont censés savoir lire. Mais les cycles d’apprentissage et l’hostilité de principe au redoublement qui prévaut dans le milieu éducatif s’opposent à cette solution. Ces élèves, généralement formés, ou plutôt déformés, avec une méthode semi-globale d’apprentissage de la lecture, poursuivront donc leur scolarité en traînant des lacunes qui les conduiront à l’échec au collège, puis au lycée. D’ailleurs, comment envisager de faire redoubler le quart, ou même le dixième des effectifs de CE1 – soit plus de 200 000 élèves dans le premier cas et plus de 80 000 dans le second ?
Une solution simple et pratique consisterait à constituer en CE2 des classes de niveau, homogènes, au sein desquelles les enseignants pourraient prendre le temps de consolider les connaissances des enfants les moins avancés, sans pénaliser les autres au risque de les démotiver et de ne pas terminer les programmes. Hélas, cette solution est écartée au nom du principe d’égalité : tous au même niveau. Pour tenter d’aider les plus mauvais à rattraper leur retard, le ministère prévoit de « mobiliser prioritairement », l’année prochaine, « les moyens d’aide disponibles » : on conserve donc les recettes qui ont fait la preuve de leur insuffisance. Ces aides peuvent être utiles au cas par cas, mais ne règlent pas les problèmes de fond.
Les solutions de fond, ce sont celles que SOS Éducation préconise : en premier lieu, l’abandon complet des méthodes « mixtes » dérivées de la méthode globale de lecture, qui fabrique des illettrés. Et en second lieu, la création de classes de niveau. Ce sont ces solutions-là que les 80 000 membres de SOS Éducation demandent instamment à Luc Chatel, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, de mettre en place. Il suffit pour cela d’un peu de courage. M. le ministre, mettez fin à la décimation scolaire !
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